L'éditeur d'-^n/ma Poe^ae a lu apparemment wnMe6er^c<z6ar
a La prétendue sensation visuelle, est-ce autre chose que le pomt de vue dans un tableau naturel ou dans celui d*un bon peintre, qui se retrouve encore subordonné dans chaque partie composante de la peinture, et qu'est-ce qu'un moment? Une succession avec des espaces intermédiaires? Absurdité! Il est évident que ce n'est que le point de vue dans la durée indivisible et indivisée. »
Nous avons ici tout ce que Goleridge pouvait donner d'original en philosophie. Sûrement ceci ne vient pas de Kant ni d'aucun autre philosophe, c'est une intuition de Goleridge. Mais si sa philosophie peut faire penser ou rêver, elle n'a et n'aura jamais rien de systématique. Qui dit système logique dit exclusion et l'esprit de Goleridge ne peut rien exclure, c'est sa grandeur et sa 'maladie. G'est à Malte que s'établit comme une habitude de tout l'être cette instabilité qui aurait pu n'être que le résultat de crises passagères de dépression. A mesure que le mal pénètre plus profondément, l'esprit plus atteint par l'illusion est plus, porté à croire que ce n'est pas un mal, que c'est en tout cas un mal nécessaire contre lequel il n'y a pas à lutter, il se résigne pour ne passe désespérer. Quand Goleridge se fut aperçu que ni l'activité matérielle de sa fonction officielle, ni la philosophie, ni le changement de milieu ne faisait disparaître son découragement, il fut tenté de l'admettre, pour n'avoir pas à le combattre, comme une partie essentielle de lui-même.
Au point de vue intellectuel, la maladie de la volonté prend naturellement la forme d'une maladie de l'attention. De là cette prolixité et cette complexité de l'esprit qui, dans la plus courte note, affaiblit la
(intraduisible), mais c'est sûrement unuebersehbar que Goleridge a voulu dire. {Anima Poetae^ 102).
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portée de la pensée par la répétition, par la chasse à Tanalogie qui ne sait exclure aucun point de vue, aucune illustration r parmi toutes celles qui se présentent à un esprit d'une fécondité merveilleuse. Ce qu'il y a de plus dangereux dans cette maladie de l'esprit, c'est justement qu'elle donne l'impression d'une richesse infinie, qui n'a besoin que de se
régler.
Mais rintelligence elle-même étant une règle, une intelligence sans règle n'est pas à proprement parler une intelligence, c'est une imagination qui s'exerce sur les objets de rintelligence. Et il n'y a pas de pédantisme à le remarquer : peu importerait que Coleridge n'ait été qu'un poète et un visionnaire aux pensées désordonnées, mais suggestives. Mais précisément il a voulu s'astreindre à des tâches étrangères à sa nature, où il a gâté sa sensibilité et son imagination sans discipliner son intelligence. Il en avait eu un sentiment passager, nous l'avons vu, au début de .ses études philosophiques, ce sentiment lui revint à Malte sous une forme un peu différente, mais tout aussi significative, parce qu'elle n'exprime pas autre chose que l'impuissance de l'attention :
L'âme dans le corps, puis-je en quelque manière comparer cela au reflet du feu, vu à travers ma fenêtre sur le mur, semblant naturellement dans le mur, aussi loin à l'intérieur du mur que la distance du feu au mur. Je crois bien ne pouvoir rien tirer de là ; mais pourquoi me presser toujours de laisser une pensée intéressante pour faire quelque autre chose qui n'est pas intéressant. Par exemple, quand cette idée me vint, j'en détournai mon attention subitement et j'allai chercher cet exemplaire de Wolff dont j'avais besoin.
Est-ce la peur du sentiment intense même quand il est agréable? Est-ce la paresse ou quelque chose d'autre,
encore moins apparent? Gela a-t-il quelque rapport avec mes embarras épistolaires * ?
C'est la même raison qui explique Tirrégularité de toute la vie de Coleridge et ses habitudes de conversation décousue, de correspondance irrégulière, allant jusqu'à ne pas lire pendant des mois les lettres qu'il recevait, ses projets multiples et jusqu'à cette habitude de perdre sa pensée en une poussière de notes, qui devait lui être si funeste. Ce qui rendait cette anarchie mentale angoissante, c'est qu'elle était consciente. Rien de plus subtil que ces notes prises sur lui-même, çiuxquelles il faut toujours revenir pour le connaître.
Ce soir, et eiï fait, toute cette journée, j'aurais dû être occupé à lire Malthus et à en remplir les pages de notes. J'avais commencé et je l'avais trouvé agréable. Pourquoi Tai-je négligé? Parce que je n'aurais pas dû le négliger. La même chose, je pourrais la dire de la lecture et de l'écriture des lettres, des articles, etc. Sûrement cela vaut la" peine d'être analysé sérieusement, de manière qu'en le comprenant, je puisse le guérir. Car c'est une maladie profonde et étendue à la fois de ma nature morale, qui a à la fois des racines de chêne et d'orme. Est-ce l'amour de la liberté, de la spontanéité ou quoi ? Tout cela exprime mais n'explique pas le fait.
Mais cela l'explique pour nous et on ne peut malheureusement pas douter, quand on rapproche le' cas de Coleridge de cas -analogues, que cette instabilité, ne tendit à la désagrégation mentale . C'est une maladie assez fréquente de l'esprit romantique, mais, avec les symptômes que présentait Coleridge, on pourrait dire que c'est une véritable indication de maladie mentale, si la conscience et Teffort pour se corriger n'étaient toujours là. Une note sur les