Letters, p
valent cinquante personnes) et, avant d*avoir pu atteindre la porte, je tombai par terre dans un accès convulsif d*hystérie. Je suis resté au lit quinze jours. » Mais dans la lettre écrite le lendemain par lady Bail, il y a seulement : « Vos sentiments sont trop forts pour votre santé. J'espère que vous retrouverez bientôt vos esprits* ». Coleridge n'a-t-il pas exagéré l'effet physique! Mais il est certain qu'il n'en fallait pas tant pour bouleverser son pauvre corps, comme le prévoyait Wordsworth. C'est quelques jours après qu'il dut écrire dans un volume de métaphysique allemande cette note que nous avons retrouvée, d'une écriture tremblante et raturée.
(( Malte. Les reverrai-je jamais ? et ne serait-il pas mieux que je ne les revoie jamais? Mon corps, me^ habitudes et l'état d'esprit causé par cet état du corps sont-ils tels, que je puisse me promettre d'être autre chose qu'un nouveau chagrin? Oh, cher John, je voudrais avoir été à ta place » ; et, sous la signature, il a écrit encore : Dopothy Wohdsworth. William
WORDSWORTU 2.
Quand la nostalgie et l'accablement étaient moins pesants, il essayait de se gouverner par un impératif catégorique, se disant comme John Wordsworth mort à son poste : Faisons notre devoir.
(( Faisons notre devoir, tout le reste est un rêve, la vie et la mort également sont un rêve. Cette courte
\. Comparer Letlers, p. 49i et 497, et la note p. 494-5.
2. J.-N. Tctens, Philoaophische Versuche ûber die menschliche Nalur (B. M., G. 43 a 3i), t. I, en face du titre :
Malta. Sliûll I ever see them again? And wiU it not be better thaï I should not? Is my body, and the habits and state of mind induced by it, such as to promise that I shall be other as a new sorrow. Oli dear John! Would I had been thy substitute! S. -T. Coleridge [et au-dessous] Dorothy, (?) Ottery, Wordsworth, William Wordsworth.
phrase comprendrait, je crois, la somme de toute profonde philosophie, de l'éthique et de la métaphysique conjointement depuis Platon jusqu'à Fichte ! » ^ Dans sa religion aussi il essaye de mettre de plus en plus dans la notion abstraite de son Dieu quelque chose de l'amour humain et par là, nécessairement, il sera amené à se rattacher plus ou moins à une orthodoxie, à une religion positive -.
« La nostalgie n'est pas un tourment d'enfant, » a écrit Coleridge qui en souffrit cruellement à Malte, sans nouvelles des siens pendant des mois entiers, toujours retenu par sir Alexander Bail, en attendant le fonctionnaire qui devait le remplacer auprès de lui. Il partit enfin le 21 septembre 1805, pour Syracuse et Naples, où il était encore le 15 décembre.
La situation du royaume de Naples était faite pour intéresser un observateur de la nature humaine. Les souverains, depuis trois ans ballottés entre la France et TAngleterre, avaient fini par se laisser imposer par Napoléon un traité de neutralité le 22 septembi:e.
Quinze jours après, on fêtait à Naples la fausse nouvelle de la prise de Murât, en novembre, on violait le traité de neutralité en permettant le débarquement des troupes russes, en décembre ce fut la nouvelle d'Austeriitz, puis la fin de la coalition et le traité de Presbourg. Sa maladresse avait coûté la vie à la pauvre monarchie, qui au dernier moment avait choisi le mauvais côté, et Joseph Bonaparte allait remplacer Sa Majesté sicilienne ^
Mais nous ne savons presque rien de ce que Coleridge fit à Naples, qu'il dut quitter précipitamment
1. Anima Poetae, p. 132-3. Note sur John Wordsworth, avril 180S.