‹ La vie d'un poète: ColeridgeChapitre 145 sur 194 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

Évolution religieuse de Goleridge. — Ses embarras d'argent. — II fait la connaissance de Thomas de Quincey. — Projet d'une Revue philosophique et morale, VAmi (1809-10). — Sa doctrine politique. — Cojeridge en abandonne la publication. — Brouille avec Wordsworth.

A Malte, Goleridge avait essayé de se guérir par la solitude, et Teffet avait été déplorable. Le pauvre voyageur ne rapportait rien que le désespoir. Le problème était de se refaire une vie, de reprendre des relations avec ceux qu*il avait quittés depuis deux ans, et que le hasard ou la négligence avaient plus ou moins privés de nouvelles pendant ce temps. A Londres, où il s'arrêta d'abord, il retrouva le fidèle Lamb et Daniel Stuart, toujours prêt à l'employer quand il voudrait collaborer régulièrement à son nouveau journal, le Courier, Mais il n'osait pas aller retrouver sa famille, ces enfants dont la pensée l'avait sauvé du suicide, plein de remords et de regrets, mais si convaincu qu il ne pourrait jamais vivre avec sa femme qu'il songea alors à une séparation définitive, et s'imagina pouvoir la faire accepter ^

i. KnighVs Life of Wordsworth, t. II, p. 74, 113-114, 123.

Les Wordsworth s'efforcèrent de l'attirer dans le Nord, pour qu'il vécut au moins près d'eux. Ils se retrouvèrent à Coleortou dans une ferme de sir George Beaumont, leur ami commun. Coleridge y amena son petit Hartley, alors âgé de dix ans, l'enfant précoce dans lequel il se retrouvait tout entier, avec son ardeur et sa fantaisie, et un don d'analyse extraordinaire et presque inquiétant. C'est à Coleorton que Wordsworth lut à Coleridge l'œuvre admirable qu'il venait d'achever, l'histoire de sa vie morale, le Prélude, Les sentiments qu'éprouva Coleridge, nous les trouvons dans les Vers à un ami qu'il adressa à Wordsworth et qu'il faut lire tels qu'ils furent écrits alors, avec les passages que Coleridge considéra comme trop intimes pour être publiés.

Comme VOde de 1803, c'est une plainte, avec l'accent nouveau que pouvaient lui donner deux ans de souffrance solitaire et de désespoir :

Ami, tu connais trop les tristes années dont le long silence

[a stupéfié mon âme.

Si bien que, telle que la vie revenant au noyé La joie non familière suscita une foule de douleurs, Cruels accès d'amour s'éveillant comme des enfants Turbulents, avec des cris dans le cœur.

Craintes opiniâtres qui évitent les yeux de l'espérance, Espérance qui se distingue à peine de la crainte Sentiment de la jeunesse perdue et de la maturité venue Du génie reçu, du savoir acquis en vain [en vain

Et tout ce que j'avais recueilli dans mes libres prome-

[nades dans les bois Et tout ce qu'un travail patient avait produit, Avait fait éclore en communauté avec toi, ce n'était que

[des tleùrs Jetées sur mon corps et portées sur mon cercueil, Portées dans le même cercueil, au même tombeau I

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