‹ La vie d'un poète: ColeridgeChapitre 150 sur 194 · Letters, p · texte numérisé non relu

Letters, p

2. H.-C. Uobinson, Diary, t. I, p. 140; Brandi, p. 31 i; Notes and Lectures on Shakespeare, 1849.

pensée allemande. Lui n'y voyait qu'un moyen de gagner quelque argent pour réaliser un nouveau rêve qui était en train de se préciser dans son esprit, celui d'une Revue philosophique qui devait donner des principes moraux et religieux au peuple anglais. Mais il était si malade qu'il espérait à peine vivre assez longtemps pour accomplir son projet *.

En même temps, il s'occupait de politique dans le Courier, aidait avec de Quincey à la revision de l'ouvrage de Wordsworth sur la convention de Cintra, insistait auprès de Jelïrey, le tout puissant rédacteur en chef de VFdinburgh lieview, pour obtenir un compte rendu favorable du livre de son ami Glarkson sur l'abolition de l'esclavage. Ceci est digne de remarque, car la Revue d'Edimbourg, qui venait d'apprécier sévèrement les Poèmes de Wordsworth, allait devenir pour Coleridge une de ces calamités publiques sur lesquelles il devait gémir pendant le reste de sa vie; Il s'humilia presque, parla de son grand respect pour le talent de Jelïrey, obtînt de fgiire lui-même le compte rendu du livre de Clarkson, sur ce sujet de l'esclavage qui le préoccupait depuis sa jeunesse^. L'article fut modifié, Jeffrey fit dire à Coleridge le contraire de ce qu'il avait écrit sur Pitt et il n'osa protester, il soumit même à Jeffrey le prospectus de cette Revue qui allait entreprendre de réformer le monde, VAmi, annoncé pour paraître en 1809 ^

La mode en Angleterre était aux Revues nouvelles.

i. Memorials of Coleorlon, t. II, p. 35-36, 44 (leltre de Coleridge), 48 (lettre de Wordsworth).

2. Il est amusant de constater que dans ses conversations avec des tiers, Coleridge assurait que Jeffrey avait peur de lui. (H.-C. Robinson, Diary, t. I, p. 159.)

3. Juillet 1808 (non réimprimé); Letters, p. 527*30, 536-37. Lellers from the Lake Poets, p. 180.

270 S. T. GOLERIDGE.

VEdinburt/h ilevieiv, fondée en 1802, avait pris une grande influence, et Coleridge était obligé de compter avec son directeur. Elle n'était pas, à ses débuts, Torgane d'un parti et Walter Scott y écrivait à côté de Sydney Smith et de Jeffrey. Au moment même où Coleridge présentait son Ami, paraissait le premier numéro de la Qîiarterly lieview, qui devait être le grand organe conservateur *.

Mais combien son entreprise était différente ! Au lieu de se servir de la forme du compte rendu des ouvrages nouveaux pour attaquer des adversaires, il se proposait de « donner des principes ». C'est le mot qui revient constamment dans ses lettres et il n'en est pas de plus caractéristique. C'est un idéologue qui va parler au peuple. Le prospectus, écrit en décembre 1808, est un curieux morceau, le plus étrange peut-être qui ait jamais été soumis au public, même avec les changements que Coleridge y apporta sur le conseil de Jeffrey.

Le futur rédacteur en chef parle de sa « dépression d'esprit métaphysique » (spéculative gloom), de ses longues absences, de la manie qu'il avait de prendre des notes sur tous les sujets et du désir de les utiliser. Il fait les plus belles promesses. En même temps que « les vrais et seuls principes de la moralité, leur origine et leur développement; l'influence des habitudes morales sur le goût, la nature du goût littéraire expliqué par l'exemple des grands auteurs », il expliquera l'affinité des Beaux-Arts entre eux : l'architecture, le jardinage, la danse, le costume', la musique et la poésie, la peinture, l'histoire et l'état présent des littératures suédoise, danoise, allemande.

1. Lellers front- the Lake Poels, p. 107; Haney, Early Reviews^ p. XXVII.

et italienne et, (( avecl'aide d*un ami », des littératures espagnole, portugaise et française *.

Il y mettra encore (( les personnages et anecdotes connus au cours de sa propre vie et de ses voyages, la théorie de l'éducation, au sens le plus large. Enfin des « sources de consolation aux affligés par le malheur, la maladie pu abattement d'esprit ».

Certaines parties de ce programme encyclopédique effrayèrent quelques amis de Goleridge. Un Quaker, consulté, fit des objections à la danse et à l'art du costume. Goleridge eut beau se défendre et dire qu'il ne voulait parler que de « la danse scientifique des Anciens Grecs », cet article dut disparaître du programme définitif ^

Un scrupule plus comique encore, c'est celui d'exclure l'actualité, « ce qu'on cherche d'ordinaire dans une Revue », dit bravement Goleridge, les personnalités et les événements du jour."

Ce n'est pas un journal, ce n'est même pas un ouvrage destiné à attirer et à amuser la masse des lecteurs ordinaires, c'est un ouvrage destiné à développer des principes. Quoique je me propose d'y écrire avec autant d'éloquence et de splendeur que me le permettra la mesure du génie que je possède, je ne sacrifierai jamais le fond à Vintérêtj pour lequel je compte surtout sur l'art d'illustrer par des comparaisons, des faits et des anecdotes intéressants 3.

La Revue devait être hebdomadaire, peut-être à

\. Leliers, p. 536-7. Le programme dans Gillmann, p. 182-6, Lake Poels, p. 84-93; The Friend, Bohn's Ed. Appendix.

2. Letlers, p. 53S-40. Le titre du Frlend (l'Ami) était probablement emprunté aux Quakers. C'est celui qu'ils se donnent entre eux et Goleridge, sans être des leurs, avait beaucoup de sympathie pour leur doctrine. Cf. Goleridge on Quaker principlesy par J.-D. Campbell, Athenœum (1893) II, 385.

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