‹ La vie d'un poète: ColeridgeChapitre 159 sur 194 · Robinson, t. I, p. 182-3. Note dans Campbell, Introd · texte numérisé non relu

Robinson, t. I, p. 182-3. Note dans Campbell, Introd

p. LXXXIV.

2. Byron's LetterSj 15 décembre 1812; Campbell, p. 216; Robinson, t. I, p. 194, 212.

PREDICATIONS. 289

différentes de la pensée de Shakespeare ». Il avait dit déjà que Shakespeare diffère essentiellement des autres écrivains, que nous sommes « possédés par lui, plutôt que nous ne le possédons », il avait appelé, comme Coleridge, son art une «magie ». Mais si Ton ne peut prouver que Coleridge l'ait connu, la seule conclusion qu'on puisse tirer de ces rapprochements c'est que la critique du xviii* siècle était arrivée progressivement à une compréhension de Shakespeare analogue à celle de Coleridge, au point de vue psychologique.

Quant à rinterprétation proprement philosophique, on sait qu'elle fut inaugurée par la critique allemande, qui répondait si bien au tempérament dei Coleridge qu'il avait essayé de Tintroduire en Angleterre dès 1808, dans la première série de ses conférences et qu'on l'a même accusé d'avoir copié servilement Lessing, Schlegel et Jean Paul ^.

Sans vouloir essayer de faire l'histoire de la critique allemande sur Shakespeare, on peut rappeler que Lessing, tout particulièrement étudié par Coleridge en Allemagne, avait révélé Shakespeare à ses compatriotes dès 1759. Il appelait de ses vœux la traduction des œuvres de Shakespeare a bien plus tragique que Corneille, même si on les compare tous deux aux modèles anciens que Shakespeare ne connaissait presque pas et que Corneille connaissait très bien ». « Corneille, disait-il encore, se rapproche des anciens par la construction mécanique et Shake*

i. Essay on the Dramatic Character of Sir John Falsiaff, illl, réimprimé dans Nichol Smith, Eighteenlh Centxiry Essays on Shakespeare (Glasgow, 1903). Voir p. 224 et suiv., 246-47, 249-50, 252-53.

2. Voir, pour une plus juste appréciation, Brandi, p. 334 sq. Herford, Age of Wordsworth, p. 84-6.

290 S. T. GOLERIDOE.

spearc par l'essentiel *. » C'est déjà le fond de la critique de Coleridge, mais on pourrait montrer que c'est aussi le résultat final de la critique anglaise du xvm* siècle : Shakespeare véritable classique et maître des maîtres, et non pas « sauvage de génie * » suivant la conception française. Plus tard, dans la Dramaturgie de Hambourg^ Lessing était revenu souvent à Shakespeare, presque toujours pour Topposer à la tragédie française ^

Mais le point de vue même de Lessing était si différent de celui de Coleridge, qu'on ne voit pas comment il aurait pu avoir sur lui une grande influence. Cotte question des règles et des unités était épuisée en Angleterre avant Coleridge, et il ne lui a pas fait beaucoup de place. Quand il parle des principes d'Aristote et de la tragédie en général, c'est sans doute d'après Lessing, mais ce n'est pas pour lui l'important. C'est l'étude de la personnalité de Shakespeare dans son œuvre qui est pour lui l'essentiel et là, Lessing ne pouvait l'inspirer beaucoup.

Mais on ne peut contester l'influence de Jean-Paul sur les premières conférences, et celle de Schlegel, après que Robinson lui eut fait connaître les Lectures sur la poésie dramatique. Dès la ix'' lecture, où Coleridge annonce qu'un ami lui a apporté un ouvrage dont il n'a encore eu le temps de lire qu'une partie, il ajoute : (( Mais ce que j'ai lu, je l'ai approuvé, et je serais disposé à applaudir encore plus ouvertement à l'ouvrage, n'était qu'en agissant ainsi je m'applaudirais moi-même en quelque manière, les sentiments et

1. Lessing {Werke^ t. VII, éd. Boxberger). Briefe die Neueste literatur betreffend, XV, p. 73; XVII, p. 193 sq.

Page 1