‹ La vie d'un poète: ColeridgeChapitre 16 sur 194 · Le tiers, p. 4o · texte numérisé non relu

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pas sans influence, tendait à faire de lui un Alexandrin, à tuer son originalité. C'est une coniirmation frappante de cette remarque de Wordsworth, que la composition en grec et en latin, qui représentait le summum de la culture classique, était la mort de toute poésie. Habitué à composer des vers en langue ancienne, qui ne pouvaient être que d'habiles centons, le jeune poète arrivait à considérer la poésie comme une mosaïque de mots brillants et rares. Imitations d'Anacréon, d'Ossian, d*Akenside, de poètes latins modernes comme Casimir, enfin de tous les faux poètes nourris eux-mêmes d'imitations, tel est le bagage de ces premières années, plus pauvre encore que celui du collège. II songeait alors à publier un recueil de morceaux choisis des poètes latins modernes, avec des imitations en vers ^ !

Le pédanlisme ambiant Tavait donc gravement atteint, s'ajoutant ainsi à renseignement de Ghrist's Hospital. Il ne devait s'en défaire qu'avec peine, et seulement dans la poésie. En prose il traîna toujours après lui quelques lambeaux classiques, et il dut à Cambridge, sans doute, l'idéal de gravité Johnsonienne qui alourdit insupportablement ses phrases jusque dans sa correspondance. Il devait toujours se moquer lui-même de cette empreinte scolastique qu'il y avait sur lui, mais elle devait rester. Plus tard, en philosophie comme en théologie, il se délia toujours d'une idée moderne, qui n'avait pas été exprimée en grec ou en latin, s'épuisa à chercher des autorités, des textes pour appuyer sa pensée et, dans cette recherche, s'il finit par se perdre, c'est peut-être Cambridge qui en est responsable, son enseignement lui

1. LelterSf p. 61; Note to P. W., 508-569. — Ce fut le premier des ouvrages annoncés par Coleridge, qui ne parurent jamais.

40 s. T. COLERIDGE.

avait donné trop de respect. Il n'eut jamais rien du novateur, il voulut retrouver des secrets anciens, une pierre philosophale perdue dont la formule était quelque part, dans ces livres, qui 'continuent à le hanter à Cambridge comme à Christ's Hospital.

Il s'échappait cependant, dans la correspondance suivie qu'il continuait d'entrenir avec les Evans et dans la conversation, où il commençait à briller, réunissant un véritable auditoire dans sa chambre de collège. On n'était pas tous les jours obligé, comme il lui arriva de l'être, de composer et de déclamer un discours latin sur la Gloire Posthume*. Pendant la seconde année d'université surtout. Tannée 1792-1793, il s'émancipa de toutes manières. Ses soupers devinrent fameux. Il lisait l'optimiste Paley et le recommandait aux dames, apprenait le violon pour exaspérer ses voisins, et enfin faisait des dettes comme le fils d'un grand seigneur. On raconte qu'à la demande d'un tapissier pour étudiants ; « comment il fallait meubler sa chambre », il avait répondu : « Comme vous voudrez »; et que la note en résultant avait été assez forte pour le plonger dans des embarras d'argent pendant tout le reste de son séjour. Tout cela laissé l'impression d'un assez viril désordre. Mais surtout les événements contemporains de la Révolution française et leur écho en Angleterre firent de lui un homme ^.

L'Université n'était pas une prison comme le collège. Les journaux, les revues, les brochures politiques y circulaient. « Eschyle, Platon et Thucydide étaient mis de côté avec une pile de dictionnaires, pour discuter les brochures politiques du jour. A chaque instant, la plume de Burke en produisait une

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