‹ La vie d'un poète: ColeridgeChapitre 170 sur 194 · Roôinson's Diary, t. I, p · texte numérisé non relu

Roôinson's Diary, t. I, p

voyait pas la sincérité chez les autres, il ne connaissait que la sienne. C'est pour cela que Lamb refusa de se brouiller avec lui pour ses attaques contre ses amis. (( Hazlitt commet de mauvaises actions sans être un méchant homme, » disait-il \

Maintenant il avait cru bon de punir Colerîdge, Wordsworth et Southey de leur défection ancienne, qu'il avait pu oublier pendant des années, mais que les événements de France lui avaient amèrement remise en mémoire. 11 rappela les souvenirs de 1798, et c'est tout en accusant Coleridge d'inaction, de contradictions, et de bizarreries qui n'étaient pas nouvelles, qu'il fit de lui ce portrait de prophète, apparu en l'an 1798, « éblouissant de vérité et de poésie ^ ».

Mais il avait déchaîné la meute, et on aimerait à être sûr qu'il n'était pas un des anonymes qui dans VEdinburgh Review all&ient attaquer successivement tous les ouvrages de Coleridge, comme ils allaient poursuivre Keats, insulter Shelley, tandis que d'autres essayèrent de déshonorer Hazlitt lui-même. C'est un des traits curieux de l'époque que cette férocité de la critique anonyme. C'était une loi du genre, et tous les partis se déchiraient mutuellement. Il n'y avait même pas besoin d'être attaché à un parti politique pour mériter d'être exécuté. Aurait-on pu dire sérieusement à quel parti appartenait Keats? 11 suffisait qu'on fût l'ami d'un ennemi du reviewer, ou que « votre tête déplût ».

On n'épargna aucun des rêves de Coleridge, son espoir de renverser la philosophie du xviii'^ siècle, qui

1. Douady, Vie de W. 11.^ p. 135 et suiv. ; Gomp. RobinsotVs Diary, t. Ij p. 250, 287.

2. C'est le portrait de VExaminér (12 janvier 1817) qui a été repris dans le Libellai de Leigli Hunt, n° IJI,

il ne faut pas Toublier, était encore régnante dans tous les esprits qui se souciaient de philosophie, son admiration pour Kant « dont le système est Tabsurdité la plus voulue, la plus monstrueuse qui ait jamais été inventée », dit bravement un de ses critiques. Goleridge n'est qu'un « rat de bibliothèque », on le laisse à Tadoration de son idole (Kant) « qui n'aura pas beaucoup d'autres fidèles dans ce pays * ».

Cliristabel est (( absurde », la versification en est fausse, les Douleurs du Sommeil sont « une pure extravagance sans rien qui puisse nous toucher, une série de mots extravagants qui n'exprime que l'incohérence et l'incongruité ». Le volume dans son ensemble est (( entièrement dénué de valeur, sans un rayon de génie ^ ». Le Manuel de V Homme d'Etat est i'œuvre d'un somnambule qui « murmure tout ce qu'on peut imaginer d'inintelligible et d'insensé' ».

Et ce qu'il y avait de plus terrible, c'est que parfois la critique, moins brutale, se faisait plus pénétrante et touchait aux véritables défauts de l'esprit de Goleridge, ce qu'il avait de fragmentaire, et son impuissance à suivre ses propres idées.

« Ses idées, dit VEdinburgh Revieiv, sont aussi finement nuancées que le halo autour de la lune, mais se dissolvent aussi vite. Cette promptitude à prêter son imagination à toutes choses l'empêche de mesurer l'importance de chacune et de retenir dans son esprit les plus importantes. »

Mais le ton des premiers extraits est plus dans la

1. Edi7iburgh Review, août 1817, p. 488 sq. Kant n'était guère connu en Angleterre que par l'ouvrage de Charles de Villers, qui avait été très peu apprécié. C'est à lui que Coleridge fait allusion dans la Biograpfua, chap. ix, ihose who hâve iaken their opinion of Emanuel Kant from reviewers and Frenchmen,

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