‹ La vie d'un poète: ColeridgeChapitre 18 sur 194 · Letters, p. 50 (février · texte numérisé non relu

Letters, p. 50 (février

de citoyen français » quoique toutes ses sympathies fussent officiellement pour la Révolution *. C'est seulement une opinion entière, absolue, qui pouvait avoir les sympathies du jeune homme. En même temps, ce ne pouvait être une opinion venant de France, favorable à la France, qu'il ignorait et méprisait. S'il devait être un jacobin, il voulait être un jacobin anglais.

Or il y avait, dans le collège même, un fellow du nom de William Frend, qui avait attiré l'attention sur lui, il y avait cinq ans déjà, eu abandonnant pour motifs de conscience le rectorat de Madingley, près de Cambridge, et dont les idées passaient pour si révolutionnaires que le frère aîné de Coleridge craignait que sa conversation suffît à compromettre et à corrompre son jeune frère. Celui-ci avait dû le rassurer,d'une manière peu rassurante, en disant : « Non, quoique je ne sois pas un Alderman, j'ai encore assez de prudence pour respecter cette avidité de croyance qu'on appelle fantaisistement orthodoxie » ^.

Ce Frend était unitaire, c'est-à-dire qu'il appartenait à cette extrême gauche du protestantisme anglais qui, niant le dogme de la Trinité et la divinité de Jésus-Christ, réduisait presque, en fait, le christianisme à un évhémérisme moral. Par Frend s'exerçait à Cambridge la propagande unitaire de Pricstley, le chimiste philosophe, qui l'avait converti à sa foi, et qui allait devenir pendant plusieurs années un des dieux de Coleridge. En même temps, il était partisan de la Révolution française, si ardent, qu'il fut exclu de l'Université, en mai 1793, après un procès retentissant où Coleridge, dit-on, se fît remarquer, pour

1. Sorel, l'Europe et la He'volulion française^ t. IIÏ, p. 217.

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