ÉPILOGUE
ling, Werner, Ritter," qui avaient ses sympathies par opposition aux savants véritables comme Priestley et Lavoisier; qui lui inspiraient de la défiance comme matérialistes. Coleridge n'a jamais su distinguer le point de vue scientifique du point de vue métaphysique, et on peut juger par là de la manière (lont il a compris Kant.
C'est donc une métaphysique de la vie qu'il a essayée dans ce petit traité et peu importent les rêveries qu'il y a mis : c'est l'œuvre d'un alchimiste, en plein xix** siècle. Au lieu de disserter sur le froid et le chaud, sur le sec et l'humide, Coleridge parle de magnétisme et d'électricité, parce que ce sont les découvertes de son temps, mais il en parle a priori.
Le magnétisme représente dans la vie la reproduction, l'électricité, l'irritabilité, etc. La vie est partout, car elle n'est pas une chose, un être, mais un acte, un processus. C'est le principe d'individuation, et la réalisation de la vie est la tendance à l'individuation.
On voit bien que Coleridge, même déguisé en savant et en philosophe n'est qu'un théologien. Mais il faudrait plutôt dire un poète et une âme religieuse, justement parce que c'est une idée de la vie, et non pas un dogme, qu'il a voulu appliquer dans toute sa philosophie religieuse, qui ne pouvait être réduite en système, car c'était un mysticisme.
Il est émouvant de voir, littéralement jusqu'à son dernier jour, ce pauvre grand esprit s'épuiser à une tâche impossible. Le jour de sa mort, écrit sa fille, il tint à répéter à son fidèle disciple J.-H. Green « une certaine partie de sa philosophie religieuse qu'il était particulièrement anxieux de voir conserver exactement* ». Cette formule n'a pas été conservée et on
j. Memoir of Sara Coleridge, t. I, p. 110.
peut dire d'une façon générale que la philosophie de Coleridge n'est nulle part ailleurs que dans sa vie. Elle n'est que la croyance à un idéal qu'il s'efforça toujours de ramener à la raison, mais qui lui avait été fourni parla religion. S'il avait négligé sa tâche d'apologiste, il aurait pu vivre plus heureux, mais comment lui reprocher d'avoir voulu prouver qu'il était dans le vrai, puis qu'il croyait au vrai? S'il s'était contenté d'une vie morale, d'un impératif catégorique, il n'aurait pas été Coleridge.
Mais on peut dire que ses dernières années rendent un témoignage éclatant, non seulement de la sincérité, mais de lefficacité de sa croyance
Dans les longues souffrances de sa fin, de 1830 à 18ti4, il vécut heureux. Si les visiteurs d'un jour s'y trompèrent parfois, ceux qui étaient auprès de lui furent tous frappés de ce développement spirituel qui acheva sa vie.
Vous savez, écrit encore sa fille, comme il souffrit cruellement et longuement de sa mauvaise santé. Cependant, Jusqu'à la fin, il semblait éprouver de telles jouissances intellectuelles que nous n'étions pas tentés de prier pour le voir délivré immédiatement de la vie, et, quoique ses infirmités eussent cruellement augmenté dans ces dernières années, la vie et la vigueur de son esprit étaient si grandes qu'elles ne faisaient guère songer à une mort prochaine. La fragile maison d'argile était si illuminée que son état de délabrement était moins perceptible.
Mrs . Gillman n , chez qui il vivait depuis dix-huit a ns, parle encore de « l'influence de sa belle nature morale sur les gens de notre maison... de son esprit de pardon et de son soin de n'offenser personne, à moins que le devoir ne l'obligeât à dire la vérité sans ménagement, de son caractère doux et gai, et de tant