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donner de l'extraordinaire don de séduction que possédait Coleridge, c'est bien celui qu'apporte cette foule d'amis que nous voyons toujours empressés autour de lui. Coleridge eut toujours des amis d'un dévouement extraordinaire, rencontra toujours des Providences sur son chemin. Il trouva des amis libraires pour imprimée ses vers, des amis à la campagne et à la ville pour le loger chez eux, des amis pour élever ses enfants, des amis pour l'écouter et l'admirer, et, à mesure qu'il les perdait ou qu'ils s'écartaient de lui, il en trouvait de nouveaux, aussi dévoués que les premiers. La biographie de Coleridge réconcilie avec la nature humaine.
Pour représenter son caractère, à cette époque, dans toute , sa complexité, il faudrait suivre les diverses correspondances qu'il entretenait alors avec plusieurs de ses amis. Il se faisait à l'esprit de chacun de telle manière, qu'on croit avoir affaire souvent à un autre quand on passe des lettres adressées à Charles Lamb ou à Thomas Poole, à celles qu'il écrivait au « Citoyen » Thehyall, avec lequel il venait de se lier dans de curieuses circonstances. Dans le Watchman, Coleridge, que nous avons vu déjà désabusé de la philosophie intellectualiste de Godwin, avait écrit dans un article intitulée Patriotisme moderne » :
Brave Citoyen, — pourquoi vous appelez-vous Patriote? Vous parlez fort et rapidement, rpais le pouvoir de vociférer ne constitue pas un Patriote. Vous désirez être distingué du troupeau, vous aimez la victoire dans l'argumentation, vous êtes le major de langue (tongue-major) dans toute compagnie ! par conséquent vqus aimez mieux une taverne que votre foyer. Hélas, vous haïssez le pouvoir chez les autres parce que vous adorez le pouvoir vous-même !
Vous n'êtes pas un Patriote ! Vous avez étudié l'Essai de M. Godwin sur la Justice politique, mais penser que
raffection filiale est une folie, la reconnaissance un crime, le mariage une injustice et que la promiscuité des sexes est juste et sage, cela peut vous faire classer parmi ceux qui méprisent les préjugés vulgaires, mais cela ne peut pas augmenter la probabilité de l'assertion, que vous êtes un patriote *.
Thelwall, une des âmes les plus sincères et les ptus nobles de ce temps, quoi qu'il eût beaucoup à se plaindre de Grodwin, qui l'avait traité étrangement, refusant de le visiter dans sa prison, répudiant môme ses principes dans une brochure anonyme ^, n'avait pu supporter de voir la doctrine d'impassibilité de son maître ainsi défigurée par Coleridge. Il lui avait écrit une lettre que nous n'avons pas, mais à laquelle Coleridge se crut obligé de répondre personnellement \
A la lettre de Thelwall, qui lui exprimait sans doute en même temps .son admiration, il répondit avec enthousiasme et ce fut l'origine d'une longue correspondance dans laquelle il s'efforça de le convertir à son christianisme évangélique et surtout de le désabuser sur tous ces partisans de la réforme qu'il admirait tant lui môme il y a un an a peine, les Godwin et les Holcroft, et les autres, le D"* Darwin, poète de l'école matérialiste, et le persécuté Gerrald, qu'il portait aux nues dans les Conciones ad Populum^, Il veut lui montrer comment « Godwin est rongé jusqu'au cœur par la passion dé se singulariser » et comment un athée pervers <( manufacture son système de prin-
1. Walchman, n" 3. Réimprimé dans Essays on his own Times^ t. I,^ p. 135.
2. Voir GesLre, John Thelwall, p/131 et suiv., et les lettres inédites de Godwin données dans son Appendice, sur toute celle histoire.