Lettersy p
dire comme Carlyle, qu'un grand homme, bien mesuré, n*est après tout qu'une petite espèce d'homme, ou devons-nous porter sur Coleridge le même jugement que Carlyle, et dire qu'il « n'était pas du tout un grand homme »?
Le miracle constant de la vie de Coleridge c'est qu'ail milieu de difficultés sans nombre, dont les plus imaginaires n'étaient pas les moins sérieuses, car, on l'a très bien dit, « les visions font partie intégrante de la vie du visionnaire M), il ait pu produire, créer, s'intéresser à tout, refléter la vie de toute une époque dans son désordre révolutionnaire. Nous n'entrerons plus dans des détails aussi menus sur les crises périodiques de la vie de Coleridge, mais il fallait bien montrer jusqu'où il est descendu, pour, apprécier l'incroyable élasticité de son tempérament et sa facilité à retrouver l'équilibre. Le Coleridge des bonnes heures peut faire illusion, aucun homme n'eut le cœur plus léger que lui à certains jours, oubliant ses malheurs et pes fautes en toute innocence dès qu'un rayon de soleil dissipait le cauchemar de la vie sans espoir. L'Espérance visionnaire était le cœur de son cœur et, s'il ne l'avait pas eue, il serait mort à la peine, bien avant d'avoir rien produit qui pût faire vivre son nom. On ne peut s'empêcher de penser que son plus grand défaut fut peut-être la franchise entière et, sans restriction avec laquelle il laissa voir ses faiblesses, ses fautes et aussi ses' grands espoirs jamais réalisés. C'est à cette franchise, après tout, que sont dus tous les aveux qui le font condamner, et pour la lumière intense qu'elle porte sur un côté de la nature humaine, elle devrait être pardonnée. La maladie de Coleridge peut s'appeler sentimentalisme ou idéa-