This Lime Tree Bower my Prison, v. 45 sq. P. W
sagesse qu'on sent le moment béni, qui ne dure guère, où rhomme en pleine possession de ses forces et ayant conscience qu'il fait tout ce qu'il doit, qu'il vit, se sent à la fois heureux et bon. Ce poème de juin 1797, c'est la note d'ouverture du magnifique concert de Tannée 1797-98 à Stowey, de cette succession de chefs-d'œuvre.
C'est un chef-d'œuvre encore et un chef-d'œuvre classique, que la Gelée de Minuit, cette méditation du poète auprès du berceau de son enfant, qui est en même temps un retour sur sa propre enfance malheureuse et emprisonnée.
C'est une preuve morale décisive, selon nous, de la santé intellectuelle de Coleridge à cette époque que ce fait : les visions du poète qui a écrit la Ballade du Vieux-Marin, Chnstabel, Kuala Khan et les Jrois Tombes, n'ont pas tué en lui le poète du sentiment et de l'intimité morale, l'harmonieux Lamartine qui chantait déjà dans la Harpe Eolienne, dans le poème de la lune de miel, et que nous retrouvons dans ces poèmes de Stowey. Il serait plus simple sans doute d'admettre que l'opium a transformé Coleridge à partir de 1796, a fait de lui un poète visionnaire, mais la réalité est plus complexe, la nature morale du poète est plus riche, dès cette époque, qu'on ne paraît l'avoir cru. Ses poèmes sont des visions, mais dominées et mises en œuvre par un esprit qui n*a jamais été plus près de la réalité que dans cette année de bonheur. Une sagesse shakespearienne, qui connaît toutes les folies dont elle ne subit plus l'entraînement, telle nous semble être la trame de ces harmonies ou méditations poétiques qui s'appellent la Gelée de Minuit, le Rossignol, le poème à son frère George et le poème à Lamb. (( Triste sagesse », parce qu'il sent vivement la tristesse d'avoir vécu loin du
réel, ou de Tavoir mal compris, mais avec un espoir, une résolution de refaire sa vie, de faire autre que la sienne celle de son enfant. Le poème du Rossignol est caractéristique à cet égard de l'influence morale de Wordsworth. Goleridge y répudie expressément la mélancolie artificielle du premier romantisme :
(( La nature n'abandonne jamais les sages et les purs, » nous disait un poème précédent. Ici Goleridge nous dit qu'il n'y a dans la nature rien de mélancolique. Le chant du rossignol n'a rien de mélancolique ^ Ce ne peut être que l'imagination d'un malheureux qui le travestit ainsi. On n'a pas le droit de profaner de sa tristesse « les douces voix de la nature, toujours pleines d'amour et de joie ». C'est :
le joyeux rossignol Qui précipite et presse en rapides roulades Ses notes délicieuses, comme s'il avait peur Que cette nuit d'avril fût trop courte Pour chanter tout son chant d'amour et délivrer son âme De toute sa musique !
La pensée de l'enfant revient encore dans la conclusion du poème, et comme dans la Gelée de Minuit, Coleridge se promet de le faire vivre toujours sous rinfluence bienfaisante de la nature. Ce sont les idées de Wordsworth que Coleridge exprime. Il aspirait à l'équilibre et à la paix de toutes les forces de son être, avec une sensibilité un peu inquiète, mais qui ne doit pas nous tromper sur la véritable tendance de son esprit .
Cet effort vers l'harmonie est encore dans les poèmes politiques de l'année 1798, VOde sur la France et les Craintes dans la Solitude, qui marquent sa rupture définitive avec la Révolution ^.
i. Lime Tree Borner, v. 60; Nightingale, v. 15. 2. France, an Ode (février 1798); Fears in Solitude (avril 1798). P. W., 124, 127.