‹ La vie d'un poète: Édouard TurquetyChapitre 18 sur 64 · Lettre du 23 mars · texte numérisé non relu

Lettre du 23 mars

EDOUARD TURQUBTY 95

son, mon ami, il doit être bien difficile de briser toutes les chaînes d'affection qu'on a dans ce monde, de vivre dans cette sphère suspendue entre les deux vies et où les bruits de la terre ne parviennent que comme de lointaines rumeurs *.

Il sentit que, dans l'état actuel de son âme, il ne trouverait nulle part l'oubli du passé.

Turque ty en était là, abîmé dans sa morne souffrance, contemplant avec stupeur les débris de son rêve, lorsqu'un coup de tonnerre, qui retentit d'un bout à l'autre de l'Europe, le réveilla subitement.

Le trône de Charles X renversé, la famille royale en fuite, une nouvelle révolution triomphante, la religion méprisée et combattue, il n'en fallut pas moins pour rendre à l'âme du jeune homme le ressort qu'elle avait perdu.

A l'aspect de ces ruines accumulées, il entrevit qu'il pouvait, qu'il devait se faire le soldat et l'apôtre d'une grande cause menacée. Turquely se releva fièrement et entra dans la mêlée. Le poète des Esquisses fit place au poète à? Amour et Foi, de Poésie catholique et des Hymnes sacrées.

Et la jeune fille qu'il n'oublia jamais et dont le souvenir ne cessa de palpiter en lui sous le voile des derniers replis de son cœur, que devint-elle ? Elle prit la bonne part : elle alla résolument à Dieu pour le servir sous l'habit des servantes des pauvres.

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