‹ La vie d'un poète: Édouard TurquetyChapitre 20 sur 64 · F. DE LA MENNAIS · texte numérisé non relu

F. DE LA MENNAIS

Encouragé par cet accueil, Turquety, quelques mois plus tard, entra de nouveau en relation avec le grand écrivain. Lamartine avait échoué dans plusieurs collèges électoraux : cet événement fut considéré comme un malheur public par ceux qui voyaient dans le poète des Méditations et des Harmonies le plus éloquent défenseur des doctrines catholiques et libérales. En apprenant ces échecs qui lui paraissaient être de douloureux signes du temps, Turquety exprima ses sympathies au candidat malheureux par quelques strophes indignées. Citons-en quelques vers :

... Fort de ta gloire et pur de toute crainte, Tu venais, appuyé sur la liberté sainte, Contenir en son nom le flot dévastateur : C'est que, jugeant de haut la tempête où nous sommes, Tu voulais tôt ou tard courber tous ces fronts d'hommes Devant la croix du rédempteur.

Ils ne l'ont pas compris ! Eh bien ! au flot qui gronde Tu n'auras pas du moins môle ta voix profonde, Tu restes dans l'espace où ton génie est roi : Relève donc ton âme et prends la lyre, 6 maître ! Le siècle où nous vivons t'échappera peut-être, Mais l'avenir est plein de toi '.

i. Poésies complètes (éd. de 1857), p. 63: A M. de Lamartine.

EDOUARD TURQUETY 103

La Mennais eut la primeur de celte pièce, que son jeune ami accompagna des lignes suivantes :

...C'est sous l'influence d'un vif regret, lui écrivit-il, je dirai môme de l'indignation, que ces strophes ont été composées. Et, en effet, il ne s'agit pas seulement d'un outrage à la gloire, quoique ce soit chose étrange, c'est un véritable malheur que la tribune soit fermée à un défenseur aussi éloquent de la religion etds la liberté. Je crains d'abuser de votre bienveillance en vous priant de l'insérer dans l'Avenir, si toutefois vous la trouvez digne de publicité. Je vous prierai de vouloir bien en être le juge et de prononcer sans ménagement de mon amour-propre.

Et ici, Monsieur, permettez-moi de saisir l'occasion de vous dire encore quelle est ma vénération pour votre immense génie et combien mon cœur est plein de vous. Vous pardonnerez, je l'espère, cette manifestation de sentiments à un compatriote fi^r de votre gloire, fier aussi, permettez-moi de le répéter, d'avoir reçu des encouragements de vous. Vous voyez que j'aime à rappeler les titres qui m'honorent : j'en abuse peut-être en insistant sur ma reconnaissance, mais aussi la faute n'en est-elle pas à vous ? N'est-ce pas vous qui, par une indulgence dont je sens tout le prix, m'avez forcé à vous aimer autant que je vous admire... « ? >»

L'Avenir inséra les vers du poète breton : on nous pardonnera de reproduire les remerciements que lui adressa Lamartine, dans son splendide langage :

. Je viens de recevoir, Monsieur, par V Avenir et ensuite par vous, les beaux vers que vous avez bien voulu consacivr

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