I. Juillet
104 EDOUARD TURQUETY
à mon élection. Je n'avais pas besoin de cette magnifique consolation pour être politiquement consolé, mais, poétiquement, je ne pouvais désirer un témoignage plus touchant et plus sublime de la sympathie des âmes élevées et des talents fraternels. Recevez donc mes vifs remerciements en prose. J'avais commencé à vous les adresser en vers et j'espère vous les adresser aussi sous cette forme ; mais au moment où je vous écris, je suis accablé d'une multitude de correspondances et d'affaires antilyriques et obligé de partir demain pour un long voyage. Dès que j'aurai deux jours de silence et de repos, ils seront au souvenir reconnaissant que vos vers et vos sentiments ont laissé en moi. Je connaissais déjà depuis longtemps, Monsieur, votre nom et des fragments de votre beau talent. Je n'en avais pas vu encore de preuve aussi éclatante d'inspiration que vos généreuses et poétiques strophes: tout ce qui les a lues les juge comme moi. Ce n'est donc pas seulement l'homme qui vous remercie, mais le poète qui vous admire, c Agréez, Monsieur, etc.
Al. de Lamartine.
Les poètes ont beaucoup de privilèges, entre autres celui de pouvoir impunément oublier leurs promesses: Lamartine ne se souvint pas de la sienne et les vers annoncés n'arrivèrent jamais.
Les premières années qui suivirent la révolution de Juillet furent pour Turquety une période de travail et d'inspiration, — disons-le aussi, une période pénible de surexcitation et d'enfantement poétique. Chaque pièce de vers était comme un cri de son âme arraché par la souffrance : le corps luimême se ressentait de cet état violent et anormal :
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la santé du jeune poète subissait de douloureux ébranlements.
Sa principale consolation fut sa correspondance avec Souvestre, dont l'amitié restait tendre et sérieuse. Nous en trouvons dans ses lettres de touchants témoignages, par exemple celui-ci. d'une date un peu antérieure :
Je me rappelle mes amis, mon bon Edouard, et alors mon œil se tourne souvent vers Rennes : il s'y tourne avec mon cœur qui y cherche un souvenir doux et consolant.... Edouard, vous savez si je vous aime ! J'accorde mon estime à bien peu de personnes, mon amitié à un plus petit nombre encore... Mais ce sentiment plus tendre encore que l'amitié et qui pourtant en a le nom, qui nous fait aimer un être au milieu de ceux que nous aimons, le choisir particulièrement pour lui confier ce qu'il y a de plus intime dans l'âme, comme on le ferait à Dieu môme, cet attachement enfin que l'on ne peut ressentir que pour quelques personnes dans le monde, je l'ai ressenti pour vous, je le garde dans mon cœur comme un trésor: on a des amis, même parmi des amis, et vous êtes de ceux-là... Quelle que soit mon existence, vous me trouverez toujours le même. Il faudrait pour amener un changement que l'un de nous changeât, et nous, nous sommes de ceux qui pensent que l'on peut s'unir pour ici et là-bas. Puisse, mon ami, cette assurance de mon amitié tendre être aussi douce à entendre pour vous qu'elle a été douce à écrire pour moi •!
Sur les entrefaites, Souvestre se maria : au lieu de s'isoler dans son bonheur, il y associa de loin son