Nantes, 19 décembre
ami, celui que la jeune femme avait appris à connaître et qu'elle appelait noire ami Edouard :
Comme nous parlons de vous souvent ! Vous n'êtes plus mon Edouard, mais notre Edouard... Mon ami ! que n'êtesvous avec nous ! Nous vous communiquerions un peu de notre joyeuse confiance dans l'avenir: je vous redirais mon histoire que vous savez et ma femme ajouterait : Tant de souffrance alors et tant de bonheur maintenant * /
A son tour, Souvestre publia à Nantes un volume de vers, Rêves poétiques « : disons tout de suite que ce n'est pas son meilleur titre à la gloire littéraire. Poète par l'âme et par le cœur, il maniait difficilement le rythme. Quelles que fussent ses illusions, il sentait lui-môme qu'il s'égarait hors de sa voie :
Vous avez été content de mon volume, écrivit-il à Turquety ; vous étiez un des êtres pour lesquels je le faisais et auxquels je désirais qu'il plût. Ce sont mes derniers adieux à la poésie, un dernier reûet d'une flamme qui est venue s'éteindre dans le bonheur. Peut-être quelques pièces tomberont de mon cœur, comme ces marguerites qui naissent par hasard sur un terrain stérile... Mais ce sera tout, la source est tarie, le feu éteint. Mon âme a transporté toute son énergie du monde idéal dans la vie positive. 11 y a une saison où les arbres fleurissent, puis ils ne portent plus que des fruits ; je suis arrivé à la saison des fruits, mon ami ! — Bientôt, je vais être père ! — qu'il y a d'avenir dans ce mot ! Là s'ouvrira encore pour moi un monde de rêves