‹ La vie d'un poète: Édouard TurquetyChapitre 24 sur 64 · Nantes, 9 février · texte numérisé non relu

Nantes, 9 février

106 EDOUARD TURQUETY

Il lui demanda d'y faire des articles en prose.

Promettez-moi tout ce que je vous demande : oh ! vous me feriez mal de me refuser. — Moi, veuf de tant d'illusions qui étaient ma vie, je me suis encore créé celle-là. Il n'y a guère plus que vous qui soyez dans mon cœur. — Mon ami, voyez, nous deviendrons frères d'armes en poésie. Quand les révolutions rugissent autour de nous, nous parlerons bas à l'oreille et au cœur de quelques êtres isolés dans notre Bretagne, qui aiment encore la vie de l'âme et ses causeries. Répondez-moi ft .

Turquety répondit évasivement :

J'applaudis de tout cœur à votre intention de régénérer le Lycée : il faut avouer qu'il en avait besoin... Mais je m'effrayerais, je vous l'avoue aussi, d'être attaché à la rédaction d'un journal, surtout lorsqu'il s'agit d'articles de prose. — Et vous ne pouvez savoir combien j'ai peu de goût pour ce genre de travail !... J'essaierai cependant, mon ami, je l'essaierai — car je ne peux rien refuser à mon Emile — mais que ce ne soit pas là un engagement positif ; je craindrais de ne pas pouvoir le remplir a .

Et le poète ajouta :

mon ami ! quand nous reverrons-nous ? Quand nous sera-t-il donné de retrouver encore nos promenades et nos conversations solitaires au milieu des orages de ce malheureux monde ! Je ne sais s'il est dans la nature du cœur de se rattacher à ses affections quand il est environné de froissements ; mais il me semble maintenant que j'ai encore

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