‹ La vie d'un poète: Édouard TurquetyChapitre 25 sur 64 · Rennes, 22 juillet · texte numérisé non relu

Rennes, 22 juillet

EDOUARD TURQUETY 109

plus besoin d'être aimé : — et cependant je suis plus que jamais détaché de la terre. Les convulsions politiques montrent à nu le cœur de certains hommes, — et il y a de quoi frémir. Moi qui, avant cette époque, me croyais déjà désenchanté, je ne Tétais qu'à demi. Chaque jour m'a arraché une illusion : que serai- je donc si j'ai le malheur de vieillir, puisqu'à vingt-quatre ans, j'ai une pareille opinion des hommes!

Y avait-il donc dans la vie de Turquety d'autres souffrances que celles que nous avons décrites, d'autres causes de trouble que le souvenir de l'espoir déçu et de l'illusion détruite ? Essaya-t-il de se rattacher à d'autres espérances? Son âme tendre et avide d'affection crut-elle trouver un nouveau port pour s'y abriter en paix ? Nous ne saurions le dire.

Sa correspondance trahissait souvent cette incurable mélancolie, entretenue peut-être par l'ébranlement de sa santé.

Mon Dieu! que je voudrais vous avoir près de moi, lui écrivait Souvestre, pour vous mêler à mon tourbillon, pour me chauffer à votre belle imagination, pour respirer quelque chose de votre belle âme poétique, pour vous donner en retour un peu de mon courage capricieux et momentané, de ma facilité à relever la tête et le cœur après l'orage ! Mon ami, votre beau ciel avait une étoile qui éclipsait toutes les autres : elle s'est éclipsée et vous vous êtes mis à crier comme l'enfant : Je n'ai plus d'étoile !... — Ah ! regardez donc, frère, tout ce qui brille encore sur votre tête, religion, souvenirs, espérances, poésie ; tous ces astres sont restés ! Ne fermez pas les yeux pour une étoile perdue * î

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