‹ La vie d'un poète: Édouard TurquetyChapitre 3 sur 64 · Esquisses poétiques, p. 15. (Un souvenir d'enfance · texte numérisé non relu

Esquisses poétiques, p. 15. (Un souvenir d'enfance

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Cette vision n'avait fait naître dans son imagination d'enfant qu'une pure et chaste émotion ; mais elle .lui laissa, en passant, comme le senti* ment précoce d'une souffrance innommée qui resta le cachet ineffaçable de son âme et de sa poésie. Ses premiers vers d'adolescent en sont empreints, et sa pensée ne s'arrête qu'aux plus tristes images : il ne veut connaître du cœur que ses craintes, ses troubles et ses tristesses.

Dès Tâge de quinze ans, Edouard ne cessa plus de confier au papier sous la forme rythmée ses impressions et ses rêves : nous passerons, san> nous y arrêter, sur ces essais où la Muse balbutie plutôt qu'elle ne parle la langue immortelle dçs poètes. C'étaient des vers, ce n'était pas encore de la poésie.

Au bout de quelques années, à l'époque où Turquety commença son droit, déjà plus maître de $a pensée, il faisait de réels progrès. Hélas ! combien il se sentait loin de l'idéal qu'il entrevoyait et des modèles dont il tentait de s'approcher I Ses vers, qu'il remettait sur le métier, lui semblaient bien faibles, bien médiocres, quoiqu'il eût l'bon** neur de voir quelques-unes de ses pièces imprimées, sous son nom, dans le Lycée armoricain, revue nantaise avec laquelle il s'était mis en relation '.

i. Nous citerons : tome VI, p. 80, 1825, A la violette ; — tome VII, p. 277, 1826, La jeune fille malade ; — tome VIII,

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Il doutait de sa vocation, se décourageait et allait môme peut-être tout abandonner, lorsqu'un encouragement inattendu lui révéla qu'il n'avait pas en vain pleuré et travaillé, et qu'après s'être fait longtemps prier, la Muse lui livrait enfin quelques-uns de ses secrets.

Parmi ses camarades de l'école de droit, Turquety avait remarqué un jeune homme de l'extérieur le plus modeste, à la physionomie spirituette et mélancolique, fort assidu aux cours et suivant, la plume à la main, les leçons des professeurs. Ce studieux élève était Emile Souvestre. Venu à Rennes et y vivant avec de modiques ressources, il habitait une mansarde au quatrième étage de la place du Palais, misérable chambre qui n'offrait aux regards que des murs jadis blancs, couverts de poussière et de toiles d'araignée. Il envoyait lui aussi des essais poétiques au Lycée armoricain, s'essayait au roman et au drame et supportait, avec un courage stoïque, l'indigence dont il triompha plus tard.

Un ami commun présenta Souvestre à Turquety.

Quoique leurs goûts dussent les rapprocher, peutêtre ne se fussent-ils jamais liés, s'il n'y avait pas eu entre eux un intermédiaire obligeant. Souvestre ne connaissait de Turquety que des vers assez

p. 262, La vierge du prieuré ; —tome IX, p. 323, 1827, Les nuits d'hiver ; — p. 433, Le cheval du soldat mourant.

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faibles : ce dernier ne jugeait pas favorablement ceux de son condisciple : tous deux d'ailleurs étaient timides et sauvages. La présentation faite, que se passa-t-il et comment une connaissance de hasard devint-elle une tendre et intime amitié ! Turquety va nous l'apprendre :

« Par une splendide journée de printemps (1826), nous allâmes tous deux un matin dans la belle promenade du Thabor. Entre des jeunes gens qui font des vers, la connaissance va vite. Nous étions à peine dans la grande allée, qu'il me pria de lui dire quelque chose : j'avais une élégie toute nouvelle : cette pièce l'impressionna : elle ne ressemblait nullement à ce qu'il avait lu sous mon nom : « Vous êtes poète, s'écria-t-il, et vous avez devant vous un brillant avenir ! » Et il passa son bras sous le mien. Nous étions entrés au Thabor, étrangers l'un à l'autre : nous en sortîmes amis. Ce langage fut pour moi toute une révélation 4 . »

Ces paroles en effet furent pour lui une révélation, il ne se défia plus de l'instinct qui l'entraînait. Dès ce moment, sa voie lui apparut clairement tracée : il voulut réaliser l'horoscope de son nouvel ami. Celui-ci d'ailleurs ne s'en tint pas à ce premier encouragement. S'associant à toutes les espérances qu'il avait réveillées, il jouit d'avance de cette gloire qu'il annonçait, comme si elle devait rejaillir sur

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