‹ La vie d'un poète: Édouard TurquetyChapitre 30 sur 64 · Id. - 15 juillet · texte numérisé non relu

Id. - 15 juillet

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Turquety pouvait être fier des éloges que Y Auxiliaire lui avait donnés : il n'avait pas fallu moins que la pression de l'opinion publique pour déterminer les rédacteurs de ce journal à accepter de M. J.-B. Tarot un article dont l'esprit hautement religieux contrastait avec la polémique et les tendances ordinaires de la rédaction, car il ne cachait rien du but ni des convictions du poète.

Celui-ci ^n exprima sa reconnaissance à l'auteur avant de quitter Paris :

... J'ai lu et relu votre bel article: j'y ai reconnu ce style énergique et coloré qui vous est habituel ; puis j'ai été heureux d'y voir ma pensée catholique traduite avec autant de vérité. Le second paragraphe surtout — cette foi robuste f ce credo de catholique jeté à la face des philosophes, c'est là- en effet ma conviction, ma plus précieuse espérance. — Vous ne vous êtes trompé que sur une chose, le talent, et c'est votre amitié qui vous a abusé. Vous avez jugé l'intention. Je vous en remercie du fond du cœur ; le suffrage d'une âme comme la vôtre m'est si cher * !

1. Lettre du 6 juillet 1833. — Citons encore une bienveillante annonce et deux longs articles de M. Armand de la Durantais dans la Revue de Bretagne (tome II, p. 228 et tome III, p. 209), recueil romantique, qui se publia à Rennes en 1833 et en 1834 et dont 5 volumes seulement ont paru. En le feuilletant, nous y avons trouvé des vers que Turquety n'a pas reproduits dans ses éditions (tome V, p. 240) ; les voici :

Rsros dd SOIR.

Recommencez, Madame, oh ! je vous le demande, Gomme ferait un frère à sa plus jeune sœur !

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Non ! Turquety n'avait pas dissimulé son but. En 1829, il s'était dérobé devant l'obligation de faire une préface. En 1833, n'ayant plus à flatter celui-ci ou à critiquer celui-là, pouvant exprimer librement ses plus chères convictions, il les affirma énergiquement dans une préface d'un style chaleureux. Il déclara hautement qu'il voulait être catholique avant tout et non simplement religieux à l'exemple d'un poète illustre, doublement sacré par son rare génie et sa belle âme.

« Nous avons replié, dit-il, sur le livre du dogme des ailes qui ne nous portaient pas jusqu'au séjour des harmonieuses méditations. Ici la poésie

Madame, répétez cette valse allemande, Cette valse qui trouble en parlant de bonheur.

Oh ! j'ai besoin de voir uno main gracieuse

Eveiller lentement la touche harmonieuse ;

J'en ai besoin, le soir, après que j'ai chanté,

Dans mes hymnes du jour, l'unique Vérité ;

Quand j'ai le cœur bien vide et bien las de secousses,

Oh ! J'aime à revenir vers quelques âmes douces

Dont l'inquiet regard m'accompagne ici-bas

Et qui disent m'aimer et qui ne trompent pas !

L'harmonie est la tendre et suave rosée

Qui relève le soir la fleur de ma pensée.

C'est une source au bord des arides sentiers,

Je l'aime ; car bientôt l'amertume s'oublie

Et je redeviens calme et mon cœur reprend vie

Au souffle carets an t des pures amitiés.

Recommencez, Madame, oh! je vous le demande, Comme ferait un frère à sa plus jeune sœur!

Madame, répétez cette valse allemande, Cette valse qui trouble en parlant de bonheur.

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est de la terre : elle se mêle au mouvement qui entraîne la société ; elle se passionne, elle s'indigne des obstacles que la vérité rencontre. L'hymne est moins fréquent, la défense plus habituelle. C'est une profession de foi rigoureuse et absolue qu'il me serait doux de voir répéter par les âmes dont la croyance ne s'est point altérée au contact de l'époque ; c'est le catholicisme enfin, le catholicisme, religion des jours anciens, qui domine les jours nouveaux. Le Christ, toujours le Christ, voilà l'idée première, l'idée unique de l'ouvrage. » Pour la première fois peut-être depuis longtemps, on trouvait dans un livre de poésie l'expression exacte de la pensée catholique. L'orthodoxie de la doctrine n'enlevait rien au charme de la mélodie ni à la vigueur de l'exécution : le chrétien même ne dissimulait pas V homme. Ce fut le cachet original de oe recueil : s'il touchait au ciel par des chants d'une inspiration sortie du sanctuaire, Credo, La destruction des croix, Rosa mystica, Vision, Aux catholiques, il touchait à la terre par Y Hymne du siècle, Sainte-Hélène, La peine de mort, et plus encore par de tendres et chastes retours vers les affections de ce monde, Anna, Ballade, La Beauté. Les prières ferventes n'étouffaient pas les plaintes d'amour. « C'était, a dit plus tard Souvestre, quelque chose comme les mélancoliques sônes des cloarecs bretons, la confession d'un cœur allant de Dieu à la femme, et de la femme à Dieu. »

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Parmi les articles que la presse parisienne consacra à l'œuvre nouvelle de Turquety, nous n'en citerons qu'un, celui de H Bévue des Deux Mondes, sorti de la plume de Sainte-Beuve ; il rend hommage au jeune poète dans des termes qu'on nous pardonnera de reproduire en partie. C'est presque de l'inédit :

« Né dans cette province de Bretagne si féconde en poètes et en hommes fervents, M. Turquety est lui-même un poète de foi et de conviction. Ce n'est pas pour prendre un beau thème de chani qu'il consacre sa lyre au christianisme, c'est parce qu'il est fidèle et croyant... Gomme art, l'exécution est pure, ferme, habile : le rythme a du développement et de l'harmonie. Gomme inspiration, cette poésie sincère a quelquefois de la grandeur, toujours du charme ; on y voudrait par moments plus de variété et d'orages, plus de traces de passion et de vissicitudes; toute la portion gracieuse et triste qui répond à l'amour n'en est que le prélude, le rêve, l'étoile avant-courrière ; mais la flamme de la passion n'a point passé par là. A coté de ce quelque chose d'un peu matinal, contraste vivement la couleur sombre et mystiquement effrayante sous laquelle le poète paraît juger certains grands événements du siècle. L'un et l'autre défaut tiennent évidemment à la même cause, à cette vie jusqu'ici trop intérieure et trop concentrée du poète. Mais loin de nous l'idée de lui conseiller d'en changer 1 En lui lais-

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sant la foi, le sentiment des choses éternelles et le loisir d'exprimer ce qui fait sa joie et sa crainte, cet éloignement du monde le rapproche des sources mêmes de sa poésie : plus il y puisera avant, sans trop s'inquiéter des révolutions extérieures, des événements qu'on juge inexactement de loin, sans trop s'inquiéter aussi des formes et des inspirations accréditées par nos auteurs illustres, plus il trouvera l'originalité et la profondeur qu'il atteint déjà 1 ... »

Dans cet article où l'éloge laisse percer le coup de griffe, Sainte-Beuve reprocha au poète la belle naïveté et la candeur de sa poésie , on ne voit pas briller dans ses vers la flamme de l'amour coupable, la passion y est trop pure, le langage qu'elle y parle est trop chaste. A côté des hymnes catholiques les plus accentués, le Credo et la Destruction des croix, Sainte-Beuve aurait donc voulu trouver des chants d'ivresse?

Une critique assez vive contre une des pièces du recueil s'éleva du milieu bienveillant de la presse catholique. Cet Hymne du siècle dont La Mennais avait donné le thème à Turquety, cette pièce, où les accents du plaisir et les éclats bruyants des

i. N* de septembre 1833. — Cet article non signé ne se trouve pas dans les Premiers Lundis : il a été omis. Mais il n'y a pas de doute sur le nom de l'auteur. Dans une lettre & son père du 15 juillet 1833, Turquety lui annonce que Sainte- Beuve fera son article dans la Revue des Deux Mondes (Voir une note des Premiers Lundis, II, p. 260.)

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joies mondaines alternent avec les versets du Dies iras, ne fut pas comprise de tout le monde : quelques personnes y virent une sorte de profanation d'un chant de l'Eglise. Il fallut que le poète se défendît et il le fit sans hésiter, sous forme d'une lettre au vicomte Walsh, directeur de la Gazette de

Normandie. Il exprima d'abord sa douleur de ne pas avoir été compris.

L'intention, ajouta-t-il, est cependant si claire que je me demande comment une méprise a pu avoir lieu.' C'est l'éternel contraste entre les illusions de la terre et les réalités du ciel, contraste que j'ai cherché à rendre plus frappant par l'opposition du Dies irœ à l'hymne profane du monde. C'est le juste et l'impie face à face : d'un côté, la folle joie se termine par le désespoir et de l'autre l'hymne de sainte frayeur s'achève dans l'espérance. Au reste, il n'y aurait pas besoin d'explication après celle que vous avez donnée. J'ai cru seulement devoir ajouter ces quelques lignes à mes remerciements parce que s'il y a au monde une chose que je tienne à conserver pure de tous reproches, c'est ma conviction religieuse. Elle est, j'ose le dire, franche et loyale et je serais au désespoir qu'on la soupçonnât un seul instant «.

1. L'Ami de la Religion qui avait critiqué l'Hymne du siècle inséra cette lettre dans son numéro du 28 septembre 1833.— Lors d'une nouvelle édition d'Amour et Foi, les mêmes critiques se produisirent. Turquety dut encore se défendre par une lettre du 2 janvier 1835 qu'il fit insérer dans la Quotidienne et dont l'original nous a été communiqué par le vénérable et savant M. Bonnetty. Le poète y proteste contre les interprétations dont sa pièce est l'objet : « Catholique, dit-il, ma seule crainte est de voir méconnue l'opinion que j'ai sur les lèvres parce qu'elle est dans le fond de mon âme,»

Malgré tout, cette fois, c'était un succès, de ceux qui fondent une honorable réputation. Turquetyy vit un encouragement à persister dans sa voie et comme un premier rayon de cette gloire littéraire à laquelle il ne se sentait plus téméraire d'aspirer. Les journaux le proclamaient poète, ses amis relevaient sur un pavois, et parmi ceux-ci, venait au premier rang son fidèle ami Souvestre, dans quelques lignes où son cœur débordait:

Votre volume est beau : vous avez marché sur la tête à vos Esquisses de toute votre hauteur. Vous allez prendre votre place parmi les grands poètes, sans intrigue, sans camaraderie ; comme le soleil, vous aurez paru, voilà tout. C'est beau cela ! Merci mon frère, de nous jeter ainsi quelques rayons au front ; car votre gloire nous dore. Puis elle nous encourage, elle nous dit : Allez î — Je veux aller et crier aussi qu'il est temps de croire *...

On se rappelle la lettre tendre et paternelle que La Mennais écrivit à Turquety pour l'inviter avenir le voir à la Chênaie. Il semble que l'envoi à! Amour et Foi ait dû réchauffer encore ces sentiments et dicter au grand écrivain quelques lignes sorties de son ca3ur. Voici en quels termes gracieux, aimables, mais certainement froids et réservés, il remercia Turquety, qui n'était plus, paraît-il, son cher enfant :

Quelque exclusive que soit en ce moment, Monsieur et bon ami, la préoccupation des idées politiques, je ne doute

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