Lettre non datée (juillet ou août
138 EDOUARD TURQUETY
pas que votre recueil ne fixe l'attention de tous ceux qui aiment les beaux vers, et qui les aiment d'autant plus qu'ils découlent plus directement de la source primitive de toute poésie. Je vous remercie, pour mon compte, du plaisir que m'ont procuré les vôtres. Les pièces que vous aviez eu la complaisance de me réciter ont reproduit sur moi, à la lecture, les mômes impressions. Quant à Tordre dans lequel vous les avez disposées, il me paraît propre à les faire goûter davantage par une sorte de contraste qui prévient le sentiment de la monotonie.
M. de Montalembert m'a parlé, pendant son séjour ici, du regret qu'il avait eu de ne Vous point rencontrer à Paris. Je puis vous assurer qu'il n'y a eu de sa part rien qui ressemble à la froideur dont vous croyez avoir à vous plaindre. Il voyage maintenant en Allemagne et son voyage durera plus d'un an. Je le préviens que vous m'avez envoyé pour lui un exemplaire de votre recueil et qu'il le retrouvera ici à son retour. Il sera, j'en suis certain, fort sensible à cette marque de votre souvenir.
Croyez, mon cher ami, qu'il me sera toujours doux de vous donner et de recevoir de vous un nom qui répond si bien aux sentiments de mon cœur '.
Ce fut tout : La Mennais avait bien vu que Turquely ne serait pas un disciple docile ; il ne s'était pas trompé. Lorsque la rupture fut complète entre le prêtre dévoyé et l'Eglise, le poète n'hésita pas, il ne pouvait pas hésiter.
Il attendit quelques années cependant avant de rompre publiquement : le cœur navré, mais, ferme dans sa croyance, sans désespérer encore de celui