‹ La vie d'un poète: Édouard TurquetyChapitre 36 sur 64 · Lettre du il janvier · texte numérisé non relu

Lettre du il janvier

2. M. Carrière avait la promesse d'un emploi qui devait le fixer à Paris.

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de vue vos croyances et les devoirs qu'elles vous imposent au milieu de cette fange humaine. Songez à la grande vérité, à la seule même, tant elle domine de haut toutes les autres : Christus libérant *.

Lorsqu'il se laissa entraîner quelquefois à parler à M. Carrière de ses pensées et de ses souffrances intimes, ce fut toujours avec quelque mystère :

Songez, lui dit-il un jour, qu'il y a d'autres âmes bien tourmentées, bien malheureuses, qu'une imagination effrénée dévore, que la corruption actuelle bouleverse et dont l'immuable croyance peut seule tempérer la douleur. Froissées à chaque pas par le hideux spectacle des misères de l'époque, elles se réfugient bien dans le sanctuaire, elles retrouvent bien l'espérance au pied de leur Dieu, mais une sombre tristesse les accompagne : car elles voient à nu la vérité de ces formidables paroles : multi vocati, pauci electi. — Elles souffrent, car elles distinguent le terme, l'affreux terme où l'humanité marche volontairement et sans crainte. Mon ami, priez pour ces âmes-là 2 .

Et quelques mois plus tard :

Vous m'engagez à prier pour vous : oh ! c'est moi qui vous demanderai vos prières au nom de l'amitié que vous m'avez donnée. J'ai souffert beaucoup tous ces temps-ci. J'ai même tellement souffert qu'il m'a été impossible de travailler, et c'est une bien triste chose de s'isoler dans sa pensée quand cette pensée est amère s .

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