‹ La vie d'un poète: Édouard TurquetyChapitre 42 sur 64 · Lettre du 19 avril · texte numérisé non relu

Lettre du 19 avril

Palais-Royal : elle l'y attendait depuis une semaine. Voici ce qu'elle contenait :

A des vers pareils, il faudrait des vers égaux, c'esl-àdire des vers sublimes, et comme je n'en sais plus faire, si jamais j'en fis, mon cœur seul vous remercie donc aujourd'hui. Mais je vous parlerai un jour votra belle langue: il me faut pour cela le ciel et les champs. J'ai lu le volume ; il répond à tout ce que je désirais et surpasse ce que je croyais exécuté. On ne peut plus vous prédire mais vous assurer le succès. La gloire est plus haut et celle-là, vous en êtes sûr aussi. Tout à vous, Lamartine.

De rupture, il n'y en avait pas : il n'en avait jamais été question. Mauvaise direction de la lettre de remercîments, voilà tout !

Lamartine en voulait si peu à son jeune confrère, que quelques jours plus tard, au commencement de mai, M. Elwart, ancien pensionnaire de Rome, professeur de composition au Conservatoire, lui ayant demandé des paroles religieuses pour un recueil de chants à l'usage des écoles de petits enfants, il l'adressa à l'auteur de Poésie catholique, dont il vanta le jeune et vrai talent. Ce projet n'eut pas de suite, mais Turquety fut touché de cette attention, et les deux poètes restèrent amis *.

1. Turquety eut encore des relations assez fréquentes avec Lamartine : celui-ci, qui l'aimait et l'appréciait, chercha à plusieurs reprises, mais en vain, à le faire entrer dans une bibliothèque. A des vers que le poète breton lui adressa en 1840, Lamartine répondit par une lettre que nous croyons digne d'être reproduite :

EDOUARD TURQUETY 171

Turquety prenait une place distinguée dans le monde littéraire et surtout dans le monde religieux. Poésie catholique eut de ce côté un appui et un succès qui le consolèrent de bien des attaques amères contre lesquelles ses parents cherchèrent les premiers à l'aguerrir. Loin de songer à déserter le combat, il revint à Rennes avec la pensée de compléter son œuvre par un troisième recueil dont Lamartine lui avait donné l'idée. Il s'était fait précéder dans sa ville natale par son portrait, lithographie frappante de ressemblance dont M. et M me Turquety couvrirent de baisers le premier exemplaire *.

« De toutes les places pour répoudre à de doux et beaux vers, la pire est la chambre orageuse où je parle et où je suis étouffé. Mais c'est peut-être aussi la place où des vers amis et sereins sont accueillis avec le plus de bonheur : c'est le vent frais du rivage de Naples sur le front en sueur d'un passager qui vogue sur de grosses vagues à la chaleur et au bruit d'un navire à la vapeur. Je ne trouve pas de comparaison qui rende mieux ce que vous m'avez fait ressentir: aussi, bien que je vous réponde tard, parce que je n'ai pas voulu confier ma réponse à la main d'un secrétaire, je vous ai remercié du cœur tous les jours depuis que votre ode parlementaire est sur ma cheminée. Jamais je n'ai rien reçu de plus parfait et j'ai reçu des milliers de feuilles sèches : aussi ma couronne est-elle bien fanée. Votre fleur à vous ne s'y séchera pas : j'y respire poésie, religion, amitié, belle trinité que j'invoque et à laquelle je me recommande toujours. Tout à vous. »

Lamartine envoya les vers de Turquety à M. de Genoude qni les inséra dans la Gazette de France»

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