Lettre du 2 octobre
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Ces vers furent substitués à une lettre de la comtesse d'Hautefeuille qui avait paru en tête de l'édition de 1834. Le marquis en fut ravi : sa joie déborda jusque dans le prospectus de l'ouvrage: « M. Edouard Turquety, notre jeune poète catholique, dont la conversation habituelle est dans le ciel, a reconnu les paroles de l'ange et son exquise sensibilité y a répondu par de beaux vers. » Il pressa son nouvel ami de venir le rejoindre à Paris :
Arrivez, au plus vite, car c'est en novembre et en décembre qu'ont lieu le succès et le débit des livres nouveaux. Mme d'Hautefeuille dit qu'en vous c'est une âme de poète ; et moi, je dis mieux, autant qu'il me semble ; vous êtes le poète de l'âme, et de plus, pour moi du moins, le poète du cœur *.
Turquety se rendit à l'appel du vieillard : mais il ne jouit pas longtemps de cette amitié dont il se sentaithonoré sans l'avoir recherchée. Quelques mois plus tard, le 30 ou le 31 décembre, il accompagnait sa dépouille mortelle à Saint-Germain-des- Prés : l'assistance était peu nombreuse, quelques parents, trois ou quatre amis, des hommes de lettres, des domestiques. Le poète sortit de l'église avec Ballanche qui exprima le regret que le publiciste breton fût resté si obscur : « Il avait tout, s'écria-
1. Lettre du iîi octobre 1838. — Les vers de Turquety ne sont pas reproduits dans l'édition de 1878.
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t— il, pour arracher l'applaudissement des hommes : perspicacité, profondeur, génie : il n'y a qu'une ex* plioation possible de l'obscurité où il a vécu, on ne l'a pas compris. »
Notre ami reconnaissant eut plus tard l'occasion de rappeler publiquement le souvenir du marquis de la Gervaisais : il le fit en termes émus : « Je devais mon hommage, dit-il en terminant, à celui qui me témoigna une affection qui me surprenait et me touchait dans une nature aussi ombrageuse, aussi défiante que la sienne... Sous la rude écorce qui le couvrait, il y avait encore de l'attendrissement et de l'émotion : je l'ai senti plus d'une fois. Voilà ce que j'avais besoin de dire sur cet homme extraordinaire. D'autres parleraient de son génie, j'ai voulu parler de son cœur. C'est une courte et simple épitaphe sur un tombeau *. »
Le marquis de la Gervaisais n'aimait pas à demi : plein d'enthousiasme pour le poète breton, il l'avait annoncé autour de lui :
D'autres que moi, écrivait-il à Turquety, seront charmés de vous voir ; entre autres, M. Briiaut, de l'Académie française, s'en fait une grande joie et tiendra à honneur du vous présenter chez Mme de Swetchine dont le salon réunit tout ce qu'il y a de plus distingué parmi les hommes religieux.
\. Lettre au Journal de Rennes datée du 23 novembre 1850, et insérée dans le no du 26 du môme mol?.
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M. Brifaut était moins un écrivain de grand mérite qu'une grande influence dans un certain cercle. Sa tragédie, Ninus II, avait fait de lui un des Quarante : ses opinions, son esprit vif et enjoué, malicieux sans l'ombre de méchanceté, sa politesse, sa bonté lui avaient ouvert tous les salons du faubourg Saint-Germain dont il resta l'hôte assidu et recherché jusqu'à sa mort. Ge fut là surtout qu'il se lit aimer et écouter : il y fut considéré comme un homme du meilleur monde, du meilleur esprit et du meilleur cœur.
L'aimable académicien reçut Turquety à bras ouverts et non content de l'accueillir avec cordialité, chercha à lui créer des relations parmi ses amis. Nous avons sous les yeux plusieurs billets de M. Brifaut: on voudrait y trouver plus de naturel, un peu moins de recherche du trait ; au fond, quel vif désir d'obliger ! quel gracieux empressement ! N'y sent-on pas l'homme vraiment bon, heureux de faire plaisir aux autres? En voici un, au hasard, du 3 janvier 1839 :
Vous êtes trop bon poète, Monsieur, pour ne pas être un pauvre gastronome. Je veux savoir ce qui en est : je suis curieux et audacieux : voilà pourquoi je me licencie à vous demander une petite faveur, celle de faire avec moi le plus poétique des déjeuners, lundi prochain à onze heures. Je vous donnerai des convives qui ne savent pas mieux que vous honorer une table, mais qui sont comme vous l'ornement d'un salon. C'est ce qu'il me faut et ce que vous préférez. Fi des verres qu'on trinque! Parlez moi des
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lyres dont on joue, surtout quand elles ont le charme de la vôtre...
Et celui-ci, du 19 janvier:
« De quoi me remerciez-vous, Monsieur ? D'aimer les beaux vers et les bonnes gens ? Voilà un beau mérite, en vérité î Si vous n'étiez qu'un poète de premier ordre, je vous lirais avec admiration au coin de mon feu et je m'en tiendrais là. Mais vous êtes en outre un excellent homme, je cours après vous et je vous mène à tous mes amis. A qui donc est-ce que je rends service, Monsieur? A eux, à moi que je n'oublie pas. Je fais un métier d'égoïste et vous m'en savez gré: c'est trop généreux. Vous pouvez voir à la manière dont on vous traite que si j'ai des remerciements à recevoir, ils doivent me venir de tous les côtés, excepté du vôtre. Je suis bien heureux, Monsieur, je trouve mon rôle digne d'envie. Je ne suis pas la lumière, mais je l'annonce: le précurseur jouit des succès du Messie. J'espère qu'en nous voyant plus souvent, nous ne ferons que resserrer nos nouveaux liens. Je recherche peu les plaisirs bruyants : j'ai besoin de me reposer de leur fracas auprès des âmes douces et sensibles. Je tiens à me fortifier dans les bons sentiments, à élever ma pensée vers la région du beau, du vrai, du juste. Vous avez des ailes qui vous portent jusque-là; vous m'en prêterez quelquefois une toute petite partie et nous ferons le voyage ensemble, à vos frais. Vous voyez que je suis un habile calculateur: vous verrez aussi, je l'espère, que je suis "un débiteur reconnaissant.
A vous, Monsieur, toujours, partout et sans compliments. Vous méritez mieux.
On peut juger par ces lettres des rapports qui ont existé entre M. Brifaut et Turquety : ils furent surtout le trait d'union entre le poète et celle qu'il
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appela sa seconde mère. C'est le moment de parler deM me Swetchine*. Nos lecteurs, auxquels les publications si intéressantes de M. de Falloux sont certainement familières, la connaissent et l'apprécient, mais notre travail serait bien incomplet, si nous ne rappelions pas ce que cette femme supérieure fut pour le poète breton.
M me Swetchine, qui n'eut jamais d'enfants, avait dans le cœur toute la tendresse d'une mère pour ceux qu'elle prenait en affection. Sans négliger les côtés pratiques de la vie réelle qu'elle jugeait très sainement, elle aimait surtout les âmes et s'efforçait de les enfanter, pour ainsi dire, à la paix, au calme, à la résignation et à l'amour de Dieu.
Lorsque Turquety lui fut présenté, elle devina qu'elle pouvait lui faire beaucoup de bien : elle reconnut dans cette âme de poète, ouverte à tous les nobles sentiments, si bien douée à tant d'égards, les fâcheux contre-coups d'une nature physique débile et mal équilibrée : l'élever jusqu'à la région sereine, au-dessus des impressions mobiles de chaque jour, l'arracher à ses inquiètes susceptibilités, à ses timides et ombrageuses défiances, à ses maladives désespérances, fut la préoccupation de
1. Nous nous] sommes reporté aux lettres de M"* Swetchine à Turquety publiées par M. de Falloux (4- édition 1873, in- 12, t. III, p. 70 et s., et à quelques autres qui font partie d'une cinormème édition que nous n'avons pas sous les yeux .
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son cœur. La tâche était difficile : * Turquety ne subissait pas seulement l'influence d'une santé capricieuse, mais aussi celle d'une éducation trop peu virile.
Oh I ne blâmons pas ses excellents parents :
pouvait-on leur reprocher leur incessante sollicitude pour un fils devenu l'unique objet de leur tendresse ? Ils n'avaient eu qu'un désir, celui de le conserver et de le voir absolument heureux, qu'une préoccupation, tout en le maintenant inébranlablement dans la voie du devoir, celle de lui rendre l'existence douce et facile et de lui éviter tout chagrin, tout souci, tout effort même ; c'était si naturel à ces êtres si bons !
Doit-on s'étonner que le jeune poète, habitué à cette tiède atmosphère, s'effrayât plus que d'autres des combats de la vie ? La lutte l'épouvantait : l'obstacle l'irritait et le décourageait facilement ; il avait l'oreille à tous les bruits et si, dans le concert des voix qui parlaient de lui, il saisissait quelques-unes de ces méchancetés quïl faut prévoir et mépriser, ou même quelque propos peu bienveillant, il éprouvait au cœur une souffrance aiguë et se croyait poursuivi par une inexorable fatalité.
Si M me Swetchine ne réussit pas à refaire cette nature si différente de la sienne, elle s'étudia à la bien connaître pour la combattre plus efficacement. Nous n'avons malheureusement plus les lettres que Turquety lui écrivit : nous y aurions trouvé plus
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d'un précieux aveu, plus d'un utile renseignement; mais on voit par celles de M me Swetchine que celleci était devenue bien vite son amie, sa confidente, sa conseillère, sa seconde mère, pour parler comme lui. Elle le consola, le soutint, le fortifia de son mieux et lui fit entendre, selon les circonstances, le langage d'une douce affection ou celui d'une ferme autorité.
Par exemple, elle lui écrivit une fois :
Je ne puis tolérer en silence vos âpres désolations. Qu'estce donc que ce langage tout païen d'une malédiction qui vous poursuivrait, du désespoir toujours prêt à s'emparer de vous ! Mon cher ami, est-ce là être chrétien? N'est-ce pas là tout désavouer à la fois ? Je sais que ce n'est pour vous qu'une forme donnée à votre impression, que le fond n'en est pas atteint ; mais croyez-le bien néanmoins, l'âme souffre de ces états de l'imagination, et c'est uniquement la rectitude dans le chrétien qui fait vivre la piété. Au milieu de beaucoup de peines, Dieu n'a-t-il pas déversé sur vous mille biens? N'avez- vous pas votre admirable talent que le calme et le travail assidu augmenteraient encore ? Croyezle, rien n'est si ingrat que la douleur dans son excès ; elle est ou la négation ou l'oubli de tant de grâces dont Dieu a composé notre vie J .
Une des épines de la vie de Turquety, c'était l'état de dépendance où le maintenait l'absence d'une situation personnelle : sa dignité souffrait de
1. Lettre du 13 juin 1849. — Voir aussi dans le même sens une beUe lettre du ti octobre 1843, (édit. citée, III, p. 85.)
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tout devoir encore, à son âge, aux bontés de ses parents. La voie des carrières régulières lui étant désormais fermée, il ne voyait d'emploi utile de son activité que dans un poste littéraire, dans un siège de conservateur d'une bibliothèque publique: ce fut là le but de ses désirs et l'ambition de toute sa vie. Fort instruit, ayant le goût et l'amour des livres, doué d'une vaste mémoire, il eût rendu des services réels aux travailleurs en les guidant dans leurs recherches. Gomment arriva-t-il que cette aptitude fut méconnue et que les plus belles relations, à diverses époques, furent impuissantes à lui faire obtenir un de ces postes qu'il aurait si bien remplis ?
Le mot de l'énigme est facile à trouver: Turquety, naturellement timide, sauvage même, le devint de plus en plus avec l'âge : il mit ses amis en mouvement, mais ne se résigna jamais à s'y mettre luimême, à se montrer dans les cercles officiels et à se faire connaître de ceux dont dépendait sa position : il fut un solliciteur impatient mais inhabile.
J'ose vous supplier, lui écrivit un jour ftL de Falloux, d'essayer toujours quelques efforts par vous-même, en entretenant avec soin les quelques relations sympathiques que vous avez ébauchées Tannée dernière.
Il ne put s'y résoudre. Ses insuccès l'attristèrent profondément ; en chercha-t-il la cause? Il s'en prit
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peut- être à ses amis dont le zèle lui semblait trop tiède, aux ministres circonvenus, aux concurrents trop heureux: songea-t-il à s'en prendre à luimême * ?
Ce ne fut pas la faute de M me Swetchine s'il ne réussit pas au gré de ses espérances : elle s'y employa d'autant plus consciencieusement qu'elle savait quel calme et quelle paix elle eut procurés à son enfant d'adoption : y échouer fut une de ses douleurs.
Savez-vous, dit-elle dans une de ses lettres inédites, ce qui compte particulièrement dans cette peine et ces regrets que j'emporte? C'est le mortel regret de n'avoir rien obtenu pour vous, de ne rien entrevoir comme terme de mon inquiète sollicitude ! Ma seule consolation est de n'avoir rien omis pour qu'il en fut autrement, de n'avoir jamais demandé pour vous qu'avec mille fois plus d'insistance et de sensibilité blessée que je n'aurais pu le faire pour moimême.
On peut juger par ces lignes de l'intérêt profond et vraiment maternel que le poète avait su
1. M. de Falloux a raconté à l'un de nos amis que, lors de s on passage au ministère de l'instruction publique en 1849, f 1 »vait fait inviter Turquety à se présenter à son cabinet pour causer avec lui de ses désirs et de ses ambitions. C'était bien le moins! Le poète, averti par M m « Swetchine, vint plusieurs fois jusqu'à la porte du ministère, à l'heure des réceptions, et, si assuré qu'il fut de la bienveillance du ministre, n'eut pas le courage de franchir le seuU officiel, et s'en retourna sans avoir essayé de voir celui qui pouvait tant pour son avenir.
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inspirer à M me Swetchine. S'étonnera-t-on que Turqueiy lui eût voué un culte filial ? Ses parents n'en furent pas jaloux : leur correspondance éclate au contraire en accents de gratitude, écho ému et sincère des sentiments exprimés par leur fils.
Le poète admirait M me Swetchine autant qu'il l'aimait, ce n'est pas peu dire. Il reconnaissait en elle un cœur héroïque, une âme angélique, une intelligence de premier ordre : « L'âme de M ma Swetchine, écrivit-il quelque part, vaut à elle seule les dix âmes que Dieu demandait pour sauver Sodome. » Ce nom, il le disait lui-même, lui était doux à prononcer, « nom étrange au regard mais doux aux lèvres. »
Voici le portrait qu'il a tracé d'elle : « L'extérieur de M m8 Swetchine... était imposant, digne, mais parfaitement simple... C'était le plus aimable visage, la physionomie la plus heureuse, la plus attrayante : son sourire surtout ne pouvait se comparer à aucun autre sourire. Il y avait dans ses yeux je ne sais quelle indécision qui n'était pas sans grâce, — un scintillement d'étoile. Dans sa conversation, elle semblait d'abord, comme elle le dit dans sa vie, un peu embarrassée : elle se tenait sur la réserve, mais dès qu'elle s'animait, ce n'était plus cela ; l'éclair du regard se mêlait à la vivacité de la parole : l'étincelle partait à la fois de ses yeux et de ses lèvres. — C'était le pur esprit dans sa verve et dans son originalité. »
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Cette femme, dont l'amitié lui était si chère, il aurait voulu la faire connaître à toute la terre : l'humilité de M me Swetchine se refusait à permettre de telles manifestations. Un jour, en 1844, il lui adressa des vers où s'épanchait sa reconnaissance : elle y lut notamment :
Votre parole me rassure, Me soutient dans les mauvais jours ; C'est un baume sur ma blessure Que le monde rouvre toujours.
Vous avez la tendresse immense De celle qui voulait souffrir, Et qui, lasse de l'existence, Mourait de ne pouvoir mourir,
Thérèse, Augustin, chastes âmes, Incomparables en ardeur, D'où vient qu'avec toutes vos flammes, Vous revivez dans un seul cœur ?
D'où vient cette grâce infinie, D'où vient cette exquise bonté, Et ce langage de génie, Dans sa noble simplicité?
Oh ! c'est que la foi sans mélange Donne à tout un éclat nouveau, Et que la femme devient ange Sur les pas du Céleste Agneau.
M me Swetchine fut touchée de ces sentiments si noblement exprimés :
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J'ai remercié Dieu, répondit-elle, avant de vous remercier vous-même, d'avoir mis dans votre cœur une telle impression de moi ; qu'importe que je sois loin de la mériter ! Est-il donc vrai que mes paroles aillent jusqu'à vous, qu'elles soient assez heureuses pour rasséréner ces profondeurs où la nuit lutte avec les ténèbres jusqu'à ce que Dieu y- ait fait son jour, ce jour qui ne baisse plus ? Votre accent est si bien celui de la sincérité qu'il persuade tout ; et la foi, quand elle est vive, croit à tous les miracles.
Mais elle ajouta :
Vous dirai-je mon plaisir tant soit peu jaloux d'avoir de si bonnes raisons de garder pour moi seule ces délicieuses stances et d'empêcher par là que rien n'en altère la pénétrante et si pure douceur ? Je la condamne, cette charmante fleur, à n'enchanter que ma solitude, mais c'est pour mieux recueillir son parfum, et il me survivra.
Elle exigea que cette pièce de vers ne fût pas publiée de son vivant f . Turquety dut renfermer ses sentiments dans le secret de son cœur, se taire ou ne parler qu'à Dieu et à quelques amis de celle à laquelle il devait tant et dont le dévouement ne se démentit pas un seul jour.
1. Elle ne fut même publiée qu'après la mort du poète, dans Un acte de Foi, poésies posthumes, p. H 3. — Lettres de M m * Swetchine, édit. citée, III, p. 89.
Hymnes sacrées, — La Gazette de France, Primavera. — Derniers orages.
Lamartine engageait Turquety à faire les Hymnes sacrées : « Il n'y a que vous et Soumet, lui disait-il, qui en soyez capables, et Soumet est trop vieux. »
Le jeune poète, entrevoyant dans ce conseil flatteur tout un monde nouveau d'inspirations, se mit à l'œuvre, et* le nouveau volume parut au commencement de décembre 4838 (sous le millésime de 1839).
Après les austères enseignements et les sombres tableaux de Poésie catholique, les chants de fête, les mystiques accents d'une foi émue et d'une piété communicative ! Le poète célébrait l'une après l'autre les grandes solennités de l'Eglise, dont il cherchait et commentait le sens : il commençait par une invocation à Dieu, Hosannah ! et s'adressait en finissant à son vicaire sur la terre, Le Pape. C'était compléter l'œuvre* et clore heu-
reusement cette trilogie où la vie divine et la vie de l'âme humaine apparaissaient sous des aspects divers mais toujours vrais. Ici Turquety, subissant moins l'influence des circonstances extérieures, se laissait aller davantage à la pente de son génie propre, surtout dans un certain nombre de morceaux moins importants dans lesquels son cœur se dévoilait.
. Ce volume trouva dans le monde religieux un accueil favorable, et les profanes mômes ne purent se défendre de quelque sympathie pour des accents si doux et si tendres. Nous retrouvons à cette occasion la plume dévouée d'Emile Souvestre: les deux amis, qui d'ailleurs s'étaient revus à Paris, avaient presque cessé de correspondre depuis plusieurs années. Déjà Souvestre s'en plaignait en octobre 1834 :
Mon cher Edouard, voilà une éternité que vous ne m'écrivez pas ! Vous me devez pourtant une lettre. Que faites-vous? Qu'avez- vous? D'où vient ce silence ? N'êtesvous pas saisi parfois, mon ami, de la pensée que nos plus belles amitiés s'endorment dans l'ék)ignement, sans qu'on sache pourquoi, uniquement par lassitude de coeur, par impuissance d'épanchement ! Mon Dieu ! en serionsnous déjà à remettre de jour en jour à nous écrire parce que nous n'avons plus rien à nous dire ?
Oh ! ils auraient eu encore beaucoup à se dire : mais, sans y prendre garde peut-être, ils étaient plus séparés qu'ils ne le croyaient par la différen-
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ce de leurs tendances intimes, l'un accentuant publiquement — et chaque jour davantage — sa soumission à l'enseignement de l'Eglise, l'autre inclinant de plus en plus à un déisme à la fois religieux et philosophique.
Malgré tout, ils s'aimaient et se sont aimés jusqu'à la fin: aussi Souvestre fut-il heureux de pouvoir, faire accepter par la Revue de Paris un travail développé sur les œuvres de son cher Turquety.
Répondant aux plaintes du poète : la poésie s'en va, Vart se meurt, il commenta, sans le savoir, ces mots de Victor Hugo : « La poésie est en tout aujourd'hui : c'est un Dieu visible dans les événements 4 .» Il affirma ensuite que les âmes n'avaient pas cessé d'être sensibles, môme à la poésie des vers, puisqu'on était « allé chercher jusqu'au fond de sa Bretagne, un poète ignoré qui chantait comme on prie, pour lui-même et sans attendre d'applaudissements. » Nous n'analyserons pas cette étude : nous aimons mieux lui emprunter quelques lignes qui sont tout ensemble une critique et un bel éloge des Hymnes sacrées :
« Nous croyons que, malgré la beauté de quelques pièces. .., la tendresse l'emporte sur l'énergie dans le talent de M. Turquety. Il n'est jamais plus complet, plus pénétrant que dans l'exprès-