Lettre du mois de novembre
192 EDOUARD TURQUETY
sion d'un sentiment naïf et qui trouve un point d'attache . sur la terre. On peut le surpasser en splendeur, en emportement, non en douceur. Il trouve dans ce grand thème de l'amour, tant de fois varié, des notes inconnues, des harmonies confuses et remuantes qui lui appartiennent. Aussi les Hymnes sacrées, que nous préférons, sont-elles précisément celles où la tendresse du langage a pu se produire sous le voile mystique d'une céleste passion. Ce sont les Regrets de l'âme, le Domine, non sum dignus, V amour pur est un ciel et tant d'autres charmants cantiques qui laissent au cœuî une sorte de vibration et à l'oreille je ne sais quelle mélodieuse rumeur. Quand on lit ces vers, si doux que la voix s'élève et se cadence en les répétant, on sent le besoin de les entendre chanter. Il semble que, pour en compléter l'expression, il faudrait les entendre sortir, le soir, de quelque sanctuaire voilé, murmurés par des voix de femmes. »
Est-ce par discrétion que Souvestre n'a pas parlé d'une pièce de ce volume, à laquelle nous q.vons déjà fait allusion, Dans sa cellule ? Il aurait pu citer quelques strophes, celles-ci par exemple :
A vous, ma colombe voilée, A vous les roses de l'espoir, Et les brises de la vallée, Et les enchantements du soir !
EDOUARD TUBQUETY 193
Plus de ces parures brillantes Qu'à votre âge on recherche encor ; Plus de fêtes étincelantes Du doux reflet des lampes d'or.
Mais, ô ma colombe voilée, Vous avez l'éternel espoir, Et les brises de la vallée, Et les enchantements du soir.
Et quand l'ombre apporte sa trêve A vos labeurs interrompus, Vous trouvez dans le moindre rêve La paix du ciel que je n'ai plus !
Sainte-Beuve y devina, — ce n'était pas difficile — tout un poème intime de souffrance et de résignation. En remerciant le poète de l'envoi des Hymnes sacrées, il lui dit: « J'y ai trouvé des notes qui m'ont été au cœur comme Dans sa cellule; d'autres, je l'avoue, sont trop précises et trop austères pour moi ; mais vous permettez ces dissidences en faveur de ce que je ressens comme vous *. »
La Revue des Deux Mondes, par la plume de Charles Labitte et probablement sous l'inspiration de Sainte-Beuve, consacra quelques pages bienveillantes, presque de réparation, à l'annonce du dernier volume de Turquety : elle signala un certain nombre de pièces « qui sont comme des feuilles glanées à la suite du Cantique des cantiques et