A M. LE VICOMTE DE CHATEAUBRIAND
Il est des vols hardis que l'aigle seul devine, Il est des chants empreints d'une force divine, Fruits d'un génie ardent et longtemps contenu : Il paraît tout à coup, il plane et le vulgaire Se rappelle étonné l'accueil qu'il fit naguère Au triomphateur inconnu.
Le poète y ajoutait ces lignes :
Admirateur passionné de vos ouvrages, c'est à ce titre principalement que j'ose vous adresser cette pièce de vers que leur lecture m'a inspirée. J'ai longtemps balancé à vous l'envoyer : elle me paraissait si faible quand je songeais au nom illustre qu'elle rappelle ! Je m'y suis décidé pourtant. Je vous l'envoie avec la franchise et la confiance d'un Breton.
Entraîné par un penchant irrésistible vers la carrière des lettres, j'ai éprouvé le besoin de vous remercier des émotions que vous m'avez si souvent procurées. Dès l'enfance, votre nom a retenti à mon oreille : avant de pouvoir lire vos ouvrages, j'avais appris à vénérer le courageux défenseur du christianisme. Vous peindrai-je ce que j'ai éprouvé en les lisant? Vous parlerai-je de ce parfum d'antiquité qui rappelle Homère et les poètes du premier siècle ? Mais je me tais : une admiration continue fatigue celui qui en est l'objet, et d'ailleurs que peut-on dire sur des ouvrages dont la renommée est déjà si vieille et si universelle?
Je me trouverais bien heureux d'apprendre, Monsieur, que cet hommage vous fût parvenu et surtout qu'il ne vous
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eût pas déplu. L'approbation du chantre des Martyr» et des Natchez sera pour moi le sourire d'une Muse. (Juin 1827.)
Chateaubriand dut en effet sourire de ce naïf enthousiasme, il répondit :
Je vous remercie infiniment, Monsieur, de la lettre et des beaux vers que vous avez bien voulu m'adresser. Sans mériter vos éloges, j'y suis sensible comme les autres hommes. Il y a de l'élégance et de l'harmonie dans votre ode : peut-être, en la revoyant, ferez-vous disparaître l'irrégularité des strophes et quelques rimes douteuses. Permettez-moi, Monsieur, de me féliciter de compter parmi mes compatriotes un homme qui ne dément ni le caractère ni les sentiments d'un vrai Breton 1 .
L'ode laissait à désirer : Turquety le reconnut plus tard, car il ne la fit entrer dans aucun de ses recueils. Mais il avait secoué sa timidité et préludé à des démarches plus hardies.
On lisait beaucoup à cette époque un autre écrivain, moins illustre que Chateaubriand, qui avait conquis dans la littérature une véritable popularité parle charme de son style et la fraîcheur de son imagination. Nommer Charles Nodier, c'est rappeler la fantaisie, dans ses plus gracieux caprices, alliée à l'érudition la plus variée et à une connaissance approfondie des ressources de la langue. Turquety lui écrivit comme à un ami qu'on veut consulter sur sa vocation et lui communiqua quelques-unes