EDOUARD TURQUE T Y
les éditions postérieures. Turquety s'en est tenu à la première et le recueil a conservé son nom.
Les Fleurs à Marie se composent de cantiques ou hymnes à la Vierge, une par jour du mois de mai, et au lieu d'exemples, d'autant de méditations choisies avec soin dans les grands écrivains catholiques, depuis saint Augustin jusqu'à l'abbé Gerbet. Elles ne s'adressaient pas, à proprement parler, au public littéraire; elles furent accueillies avec empressement dans le mond& religieux : les journaux en rendirent compte avec éloges. Pourquoi ne sont-elles pas plus connues, plus répandues ? Ah! c'est qu'il n'y a pas de floraison plus souvent renouvelée que celle du mois de Marie ; chaque printemps voit apparaître des fleurs nouvelles qui rejettent * dans l'ombre les fleurs du dernier printemps : quelquefois c'est dommage !
Nous venons de relire ce petit volume : il porte la trace d'un travail un peu hâtif. S'il y a quelques négligences, quelques incorrections, quelques images forcées ou inexactes qu'une révision plus atten-
tive aurait fait disparaître, on y trouve en revanche les accents pieux d'une conviction émue, une poésie pleine de grâce et de douceur, le langage de l'âme et du cœur d'un vrai poète. C'est le charme de ce livre, charme auquel ne put échapper Souvestre. Turquety lui exprima la crainte, en lui envoyant ses Fleurs, qu'elle ne fussent trop austères à ses yeux.
EDOUARD TURQUETY 217
Non, lui répondit-il, je n'ai pas trouvé votre recueil trop ascétique. Au-dessus de toutes les données philosophiques, il y a l'amour, et son culte symbolisé dans la mère de tout dévouement et de tonte pureté devrait toucher même un païen. La femme qui a donné le jour au Christ sera toujours pour nous, quelle que soit la variété de nos croyances, la reine des cœurs affligés. Pour ma part, je comprends la dévotion passionnée qui emporte vers elle les âmes et j'ai partagé, en lisant vos vers, les élans qui les ont inspirés... Continuez donc dans votre voie : persistez dans vos constances qui vous ont valu de la gloire et des consolations. Vous serez la pi\ uve que la fidélité dans une foi n'est pas toujours un motif de réprobation et que le champ de Terreur ou du mal n'est pas, après tout, le seul où l'on puisse récolter.
Le succès des Fleurs à Marie eût peut-être été plus durable, si Turqueiy lui-même n'eût pas appelé, presque en même temps, l'attention des amis de la poésie chrétienne sur une nouvelle publication, l'édition de ses œuvres choisies dans le format in-18 anglais f . Combien il fût devenu plus vite et plus réellement populaire en se faisant imprimer dans le format que Charpentier, Delloye, Gosselin et d'autres avec eux ont vulgarisé en France ! mais, lié à son éditeur par des traités qu'il ne pouvait rompre qu'à d'onéreuses conditions, il dut attendre lé moment où il reconquerrait sa liberté. Il réunit dans un volume, après une sérieuse révision, Amour et Foi, Poésie Catholique et Hymnes Sacrées ;