‹ La vie d'un poète: Édouard TurquetyChapitre 53 sur 64 · Paris, Sagnier et Bray · texte numérisé non relu

Paris, Sagnier et Bray

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c'était son œuvre principale, celle sur laquelle seule il voulait être jugé.

Fidèle à sa haute pensée d'apostolat, il ne se contenta pas de se répandre dans le cercle des lecteurs catholiques, il désira d'être connu dans celui des communions dissidentes. Il envoya son livre à M. Alexandre Vinet, l'un des rédacteurs du Semeur et l'un des écrivains les plus distingués et les plus justement estimés de la Suisse française, celui dont les comptes rendus critiques faisaient le plus autorité : déjà le Semeur avait parlé du poète breton. Turquely entra en relations avec M. Vinet par une lettre à laquelle celui-ci répondit longuement * ; cette réponse, encore inédite, est trop remarquable pour que nous n'en citions pas quelques passages:

Il m'est très doux d'apprendre que mes essais ont quelquefois arrêté les regards de l'un des poètes de notre âge vers lesquels, dès longtemps, je me sens le plus attiré. Vous faites de bien beaux vers, et, chose rare, vous êtes bien véritablement poète ; parmi tant d'échos, vous êtes resté vous-même, ou vous Têtes devenu, car je pense qu'on le devient. Tout cela vous assure des admirateurs ; mais vos admirateurs sont vos amis ; et cela vous est d'autant plus glorieux que vous avez des convictions, et que des convictions, bien distinctes et franchement avouées, ne donnent pas des amis. J'en suis un depuis que je vous connais ; et ce que vos vers peuvent renfermer de contraire à mes sentiments ne change rien à ce que j'éprouve pour vous. Les raisons que j'ai de vous aimer subsistent, et plus je vous

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