‹ La vie d'un poète: Édouard TurquetyChapitre 59 sur 64 · Lettre du 11 février · texte numérisé non relu

Lettre du 11 février

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particulier de relations, de celles qui se nouèrent chez Potier, ou chez Téchener, ou à la salle Sylvestre et qui devinrent des amitiés : sans lui faire oublier celles d'autrefois, elles charmèrent ses dernières années. Il trouva à qui parler de ses chers vieux poètes. Nommons dans ce cercle, en passant, deux amateurs et littérateurs bien distingués, le vicomte de Gaillonet le marquis de Clinchamp, son cousin : tous deux apprécièrent en Turquety l'homme et le poète, non moins que le collectionneur.

Nommons surtout, entre autres amis fidèles des derniers jours, M. Prosper Blanchemain, gracieux poète autant qu'érudit bibliophile.

Ils ne se connaissaient encore que de nom en février 1865 ; une circonstance les rapprocha. Tous deux avaient des exemplaires incomplets d'un livre fort rare, — Les premières oeuvres poétiques de Guy de Tours (1598, in-12) : des deux on pouvait en faire un complet. M. Blanchemain, apprenant cela, eut l'idée d'écrire au poète pour lui demander de tirer au sort à qui appartiendraient les deux exemplaires. Turquety éprouva de vives perplexités. Une loterie I Si le sort le favorisait, très bien : mais s'il lui était contraire ! D'autre part, ne fallaitil pas faire preuve de bonne volonté pour un bibliophile? Après mûres réflexions, il répondit par un refus :

... Je m'estimerais très heureux de vous être agréable en quelque chose et de vous prouver ipso facto l'estime que

vous m'inspirez doublement, et comme poète et comme bibliophile ; mais je dois vous avouer mon faible, et je vous l'avouerai avec d'autant plus de sincérité que je parle à un autre moi-môme, puisque vous êtes vous aussi un véritable amateur de livres. — Je tiens essentiellement au Guy de Tours. Je possède cinq à six cents vieux poètes, mais dans ces collections, si vastes qu'elles soient, il y a toujours des vides ; or le volume susdit était un de mes desiderata les plus desiderata : c'était un des faiseurs de sonnets, ou sonnetteurs, comme dit du Monin, que je regretterais le plus de ne pas posséder. Après des années d'attente, il arrive enfin, je le guette, je le saisis : comment voudriezvous que je m'en séparasse ? Certes, j"aimerais vivement a le compléter de ses feuillets 42 et 43. Certëfe, je l'aimerais mieux moins rogné, dans un état plus satisfaisant, plus brillant même, mais, tel qu'il est, il a pour moi des charmes que je ne saurais me décider à hasarder. . . J'ai trop soupiré après les soupirs de mon Tourangeau pour le lâcher, quand un bon vent le pousse vers mes mains. "Figurez-vous donc, si, dans cette loterie, j'allais le perdre! si, enfin, il n'allait rien me rester de lui qu'un souvenir !

Lorsqu'un bibliophile (et ici je formule un axiome) a longtemps désiré, recherché, possédé en idée un livre, si le hasard vient tout à coup à le satisfaire, s'il a pu mettre la main dessus (je devrais dire la griffe), rien, oh non ! rien ne peut l'en dessaisir. Aléa jacta est, l'éloquence de Mirabeau y échouerait *.

M. Blanchemain était à Paris : il alla voir le récalcitrant possesseur de Guy de Tours pour Tamener à composition : « Mais, écrivit-il luimême moins de trois ans après, je me trouvai en

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