FRÉDÉRICK-LEMAITRE
Cependant vous vous dites en vous-même qu'avec son lyrisme , sa poésie, son sublime, ce Talma du Parnasse doit être maladroit, bégueule et aristocrate, comme tous les comédiens, les poètes, les écrivains sublimes! Mais bah ! voici que le drame tourne au comique, et votre Roméo fait Arlequin à rendre pâles MM. Laurent, Gossard, Bourgeois, Vautier et Derudder ! Il touche aux accessoires comme un danseur, comme un mime expérimenté. Il a la force, la grâce, l'agileté, la raillerie cruelle, la verve d'échiné du clown Flexmore ! Quoi! ce sauteur? Oui, ce sauteur, cet Alcide, cet Hercule du Nord, ce Gandler bondissant, c'est la lyre qui vibrait tout à l'heure, c'est la voix qui vous a enchanté, c'est la main qui tordait les cordes secrètes de votre âme.
Mais d'où sort-il donc, cet homme ? Où a-t-il appris, ce comédien inouï, ce qui fait rire et ce qui fait pleurer, la tragédie, la comédie, le drame, la strophe, l'antistrophe et l'épode, et le saut de carpe? Dans quel théâtre, dans quel palais, dans quel carrefour? D'où sort-il?
Des vrais théâtres, parbleu î de ceux où L'on rit! de ceux où Ton sanglote! de ceux où habitent parmi les blouses la terreur et la pitié de la tragédie grecque! des Funambules, du Cirque, de l'Ambigu surtout, où il déclamait des phrases comme celle-ci, en maillot rouge :
— « L'humble genêt du vallon peut-il s'élever à la hauteur du superbe palmier de la montagne ! »
Ah! c'est que Frederick n'est pas un Talma! Frederick est tout simplement le dernier des Almanzor!
Vous savez ce qu'on appelle au théâtre Almarizor. (C'est tout l'ordre d'idées exploité par Gavarni dans sa série les Coulisses. ) Le bruit, l'emphase, la pompe, le clinquant, le strass, la déclamation ampoulée, tout le fatras des amoureux de la reine de Trébizonde, enfin les Turcs des rues. Seulement rame, la poésie, l'intelligence, la force, sont quelquefois dans tout cela, et alors on a Frederick.
Et alors, ne vous y trompez pas, c'est l'Ai-