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Sosthène de La Rochefoucauld, directeur des Beaux-Arls

LE MARIAGE, — PREMIÈRES ANNÉES l'JI

donc le retour de son mari. Eh effet la cérémonie du sacre ayant eu lieu le 29, Victor ne quittait Reims que le 31, et arrivait à Paris le 2 juin, alors que sa femme était déjà chez M"'" Foucher.

Le 5 juin, le maréchal de camp Hugo était nommé lieutenant général, à la suite de nombreuses démarches faites par son fils.

L'Ode du sacre avait été publiée dans tous les journaux.

Victor Hugo alla passer quelques jours avec sa femme et sa fille à Gentilly, et le 31 juillet, il écrivit à son père :

« Nous apprenons, pour la première fois avec rej^ret, que tu vas bientôt venir à Paris. C'est que nous en partons, et tu conviendras qu'il est dur d'en partir quand tu vas y arriver. Notre excursion en Suisse s'exécute. Mardi à deux heures du matin nous roulerons vers Fontainebleau, J'ai été horriblement souffrant toute la semaine, d'un torticolis, mais je suis mieux, et le voyage achèvera de me remettre.

« Les libraires paient notre voyage et au delà. Ils me donnent 2 2o0 francs pour quatre méchantes odes. C'est bien payé. Je ne crois pas que Lamartine puisse être de la partie. Il vient d'être nommé secrétaire d'ambassade à Florence. Nodier est des nôtres... »

Lamartine en effet ne fut pas du voyage.

M.^'^ Victor Hugo a raconté cette excursion au Mont- Blanc et en Suisse dans ses volumes : Victor Hugo raconté par un témoin de sa vie; nous avons donné

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nous-même de nombreux détails dans le volume de voyages publié par la librairie OUendorfF et imprimé par l'Imprimerie JNationale {Alpes et Pyrénées, France et Belgique). Nous ne revenons donc pas sur un récit déjà connu. Le ménage rentra à Paris le ït septembre, et pendant ce mois il courutàdroite et à gauche, et c'est un prétexte à des poésies tendres dans lesquelles Adèle est toujours la muse qui guide Victor Hugo ; ainsi Promenade^ :

A l'heure où le jour meurt à Ihorizon lointain,

Qu'il m'est doux, près d'un cœur qui bat pour mon destin,

D'égarer mes pas dans la plaine !

Qu'il m'est doux près de toi d'errer libre d'ennuis, Quand tu mêles, pensive, à la brise des nuits

Le parfum de ta douce haleine !

C'est pour un tel bonheur, dès l'enfance rêvé. Que j'ai longtemps souffert et que j'ai tout bravé.

Dans nos temps de fureurs civiles.

Je te dois une paix que rien ne peut troubler. Plus de vide en mes jours 1 Pour moi tu sais peupler Tous les déserts, même les villes !

Et les courses se terminent par une visite aux ruines de Montfort-VAmaury qui est encore le sujet dune poésie.

M""^ Victor Hugo a été la muse de tout le livre cinquième d'Odes et Ballades.

A dater de 1826 commencent les relations du ménage Victor Hugo avec Sainte-Beuve. Nous avons publié un volume intitulé le Roman de Sainte-Beuve. Nous n'avons rien à y ajouter.

DE L'INFLUENCE DE M""' VICTOR HUGO SUR l'oeuvre de son mari

En août 1826, Victor Hugo commençait Cromwell. 11 avait terminé quatre actes le 25 octobre.

M"^ Victor Hugo connaissait des douceurs du mariage surtout les devoirs de la maternité, elle les acceptait allègrement par amour pour son Victor et désirait vivement un fils; mais les grossesses s'étaient succédé pénibles, et les couches douloureuses exigeaient de grands soins et de grandes précautions. M""= Victor Hugo en était à sa troisième grossesse, et dans la nuit du 2 au 3 novembre 1826 elle donna naissance à un fils. Ce fut Charles Hugo.

Le 3, Victor écrivait à son père :

« Cette pauvre amie a cruellement souffert. Je t'écris en ce moment près de son lit ; elle se trouve assez bien ; cependant elle croit avoir quelque fièvre, et je lui recommande de ne point parler. Nos bons parents recevront sans doute avec bien de la joie ce nouveau venu qui vient remplacer le petit ange que nous avons si douloureusement perdu il y a trois ans. »

M""' Victor Hugo se souvenait toujours qu'elle avait

perdu son premier-né parce qu'elle l'avait confié à des nourrices; témoin des beaux résultats obtenus en nourrissant elle-même sa petite Léopoldine, sa Didine, comme elle l'appelait, elle voulut allaiter Charles. La tâche était sévère après des couches laborieuses et une nourriture récente. Mais sa résolution fut inflexible en dépit des sollicitations dont elle fut l'objet de la part de son mari et de son médecin : l'image de son Léopold se dressait sans cesse devant ses yeux. Le chagrin qu'on lui aurait fait en résistant à sa volonté paraissait plus préjudiciable à sa santé que la fatigue imposée par celte nouvelle épreuve.

En mars 18:27, Victor Hugo donnait chez son beaupère lecture de trois actes de Cromwell et en septembre il achevait son cinquième acte.

A la fin de l'année 1827, M""^ Victor Hugo perdit sa mère,. M""' Foucher. Ce fut un grand désespoir; car elle l'aimait tendrement. Elle lui a consacré ces lignes : « Cette femme excellente garda, dans ses souflfrances intolérables, un calme et une bonté angéliques. Le mal qui la tenaillait lui arrachait, par in>stants, un cri vite étoufiFé, et elle se remettait à sourire... La mort ne l'effraya pas. Le prêtre qu'elle avait demandé la trouva tranquille et sereine. Elle aurait pu se confesser en public. Toute sa vie avait été un long dévouement. Elle avait eu cette perfection de la vertu qui est l'indulgence. Elle qui vivait dans son intérieur et dans son devoir, elle avait toujours excusé les fautes des autres femmes; elle y croyait malaisément, contrainte par l'évidence elle répondait : « Je n'aime pas qu'on soit sévère pour les femmes, elles ont tant à souffrira »

Ne croirait-on pas lire le propre portrait de M""" Victor Hugo! L'indulgence! ce mot résume toute sa vie.

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