SOUVENIRS DE M™" VICTOR HUGO
Léopoldine, qui allait en demi-pension, demanda à sa mère de lui faire suivre des cours, parce qu'elle serait ainsi complètement en famille sans que ses études en souffrissent. On se rendit sans peine à ce désir touchant et M""^ Hugo conduisit sa iille au cours de M™" Charrier où, sans effort, Técolière prit la tète des classes.
On lui avait mis, toute petite, les doigts sur le piano. Une élève de Lislz termina son éducation musicale. Gomme elle aimait à s'occuper et qu'elle était fort adroite, elle exécutait d'elle-même les travaux d'aiguille les plus variés, brodait, faisait de la tapisserie et cousait pour les pauvres.
Elle fit à l'occasion du jour de l'an un trousseau de poupée pour sa petite sœur. Rien n'y manquait depuis le chapeau jusqu'aux souliers. Une commode fut achetée pour serrer les mignons objets, car la poupée avait ses rechanges. Aussi, quelle fut, au l"'" janvier, la surprise de l'enfant, lorsqu'elle vit, à son réveil, toutes ces belles choses exposées dans sa chambre. Les frères arrivèrent avec leurs joujoux tapageurs et Léopoldine, déjà grande, eut des cadeaux en rapport avec son sexe et son âge. Ce fut pour la petite famille un jour de l'an inoubliable.
Les parents eurent aussi leur fête. Les amis leur apportèrent l'expression de leur fidèle affection et M. Hugo n'était jamais plus heureux que lorsqu'il était entouré de cœurs sympathiques.
La légion d'élite qui se pressait autour de lui
s'accrut de M. Auguste Vacquerie. Le jeune homme qui sortait à peine du collège, dorigine normande, avait son frère et sa mère retirés à Villequier; une sœur, M""^ Lefèvre, mariée au Havre, et un frère aîné qui habitait aussi le Havre.
M""^ Lefèvre venait quelquefois à Paris, elle y vit M""" Hugo et l'invita à venir avec ses enfants passer les vacances chez elle. On s'arrêterait à Yillequier, entre Rouen et le Havre, chez M™' Vacquerie.
A la fin d"août, M"^ Hugo prit avec son petit monde le bateau qui fait le service de Saint-Germain à Rouen. Elle trouva à son débarqué MM. Charles et Auguste Vacquerie qui menèrent les arrivants à Villequier. Le séjour fut charmant comme le pays que baigne la Seine. On fit des excursions aux environs. On visita Sainte- Wandrille, l'abbaye de Jumièges et tous les alentours. Les gracieux conducteurs accompagnèrent leurs hôtes au Havre oii les attendaient la même hospitalité et la même distraction. M. Charles Vacquerie allait au-devant de leurs désirs et se multipliait en toute occasion ; s'oubliant toujours, il mettait sa joie dans la joie des autres, cela si simplement que son dévouement semblait, de droit, appartenir à tous. Gracieux, spontané, expansif, il chérissait également les siens et aima Léopoldine.
Elle trouva dans Charles un écho de sa propre nature et l'aima de son côté. Ils s'avouèrent leur
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mutuelle affection et engagèrent réciproquement leur cœur.
Léopokline revint à Paris avec sa mère. Le temps et l'absence confirmèrent le mutuel amour des fiancés et le mariage, approuvé des deux familles, fut arrêté.
Il se fit en février 1843. La cérémonie religieuse eut lieu dans la chapelle du catéchisme de l'église Saint-Paul. M. Charles Vacquerie ayant perdu récemment son beau-frère, la solennité devait avoir la gravité du deuil. Les parents^ et les proches amis y assistèrent seuls. Léopoldine eut près d'elle à son mariage le groupe intime qui l'entourait à sa première communion. La chapelle nuptiale avait l'apparence rustique de Féglise de Fourqueux. La mariée, sous sa couronne de fleurs d'oranger, avait la même auréole de chasteté que la communiante et apportait dans l'acte qui la faisait épouse une égale sérénité. Calme, elle s'unissait à son mari, comme elle s'était unie à Dieu.
Charles Vacquerie devait prochainement partir pour le Havre oii l'appelaient ses intérêts et emmenait sa femme avec lui. Le bonheur des mariés avait pour revers la douleur de ceux qu'ils laissaient. M. etM"^ Hugo dataient leurs plus doux souvenirs de la naissance de Léopoldine. Ils l'avaient bercée, soignée, veillée, idolâtrée en commun. Elle n'avait jamais quitté la maison paternelle. Il leur semblait que, n'y trouvant plus leur lilic, le foyer était vide.
Dès que Léopoldine fut partie, la mère s'enferma et pleura. Sa petite Adèle, trop enfant pour s'expliquer son propre chagrin, s'écriait : « Quel mal ai-je donc fait pour souffrir ainsi ! »
M"''' Hugo n'attendit pas longtemps pour rejoindre sa Léopoldine et partit avec sa fille Adèle au commencement du printemps. Charles Vacquerie avait retenu pour elles, à Graville, près du Havre, une petite maison qu'il avait ornée avec sa sollicitude habituelle. Il avait, avec sa femme, dans l'attente de la mère, cultivé et garni de fleurs un jardinet qui servait d'entrée à l'habitation. Tout avait été réuni par les chers enfants pour cette retraite, l'utile comme le superflu. Quand M°" Hugo en prit possession au bras de Léopoldine, le paradis l'eût enviée.
Le ciel continua. Léopoldine venait tous les jours à Graville, apportait son ouvrage et travaillait pendant que sa mère dessinait des fleurs près d'elle. Charles allait trouver sa femme à Graville après avoir terminé ses affaires. On dînait à la malsonnette ou au Havre chez M"'*' Lefèvre.
On allait le soir se promener sur la jetée, puis l'on s'étendait sur l'herbe en vue de la mer. On assistait aux régates, aux baptêmes des navires, on faisait des parties de campagne. Tout cela ensemble, car on se quittait le moins possible. On eût voulu multiplier les douces heures et se voir toujours.
M'"'' Hugo allait quelquefois chercher sa fille le matin au Havre. Elle la trouvait dans sa chambre