APRÈS LE COUP D'KITAT
Au moment où Victor Hugo allait entrer dans la politique active, le rôle de M"^° Victor Hugo devait se transformer ; et c'est là où elle nous apparaîtra sous un nouveau jour. Plus vaillante que jamais, supportant courageusement toutes les épreuves, accueillant sans amertume la mauvaise fortune, nous verrons de plus en plus se développer sa bienfaisante influence et son utile collaboration.
On sait que Victor Hugo devint pair de France en 1845, puis membre de l'Assemblée en 1848, mais au moment du Coup d'État, en 1851, la situation était critique. M'"^ Victor Hugo devait souffrir comme mère et comme épouse. Ses fils étaient en prison, son mari était traqué depuis le 2 décembre, il passait la nuit du 3 chez M. de laRoellerie, obligé designer ses lettres du pseudonyme d'Albert Durand et de les adresser à M'"'' Victor Hugo sous le nom de M""^ Rivière. On sait comment, avec un passe-port d'un nommé Lanvin auquel il avait rendu service, il put gagner Bruxelles le 12 décembre. Nous avons raconté tous ces faits dans les historiques de Napoléon le Petit et de V Histoire cl'im crime (édition de l'Imprimerie Nationale).
S'imagine-t-on la situation de celte femme isolée, avec sa fille Adèle, toujours sur le qui-vive, menacée de
visites de la police, passant des jours d'angoisse, dans l'ignorance où elle était du sort de son mari, veillant sur les chers objets confiés à sa garde, attendant les instructions de Victor Hugo, n'ayant pas une heure de défaillance, alors que les bruits les plus sinistres circulaient dans Paris ?
Elle fut rassurée par une lettre de son mari, elle sut qu'il était à l'abri, elle s'empresse de manifester sa ioie. Lisez cette lettre du 13 décembre 1851 :
13 décembre ISH-I.
« Cher ami, nous chantons hosannah ! Quelle lettre bénie de Dieu vient de m'arriver ! Mes fils ne connaissent pas encore la nouvelle qui fait bondir mon cœur de joie. J'avais bien besoin de cette nouvelle, car j'ai passé douze jours dans d'atroces angoisses. Je vais voir mes fils à l'instant, ils se portent bien, depuis dimanche je communique avec eux.
« Aucune perquisition n'a été faite chez nous. Il y en a eu une rue Laferrière, ce qui a mis fort en émoi cette pauvre vieille. Je suivrai ponctuellement tes instructions, mais sois tranquille, tant que je serai en vie on ne touchera à rien de ta maison. Il faut le dire d'ailleurs, le nom que je porte impose partout le respect. Nos amis, nos connaissances n'ont cessé de me visiter, et de s'informer de toi, tous voulaient se dévouer à toi, et exposer leur existence pour conserver la tienne. Bellet est venu tous les jours, il est dans nos]
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idées. J'ai été très occupée de tes dessins \ j'ai pensé à faire déposer la malle que je supposais contenir ces dessins chez lui. Rien n'eût été plus sûr. En soulevant la malle je l'ai sentie vide. Où sont donc ces dessins? C'est mon idée fixe. Pense à Bellet, chez lui la sécurité est parfaite ; il est en dehors de tout, parfaitement dévoué et discret.
« J'attends tes ordres. Repose-toi sur moi, cher et grand ami, je serai digne de toi quoique ce soit difficile.
« Tu as été ma seule et unique idée. Je jette vite ce mot à la poste. J'attends une lettre de toi.
« Tout le monde t'aime et te bénit. »
M"^*" Victor Hugo était heureuse que son mari eût échappé aux représailles du Coup d'Etat, mais aussi elle était fière qu'il eût jusqu'à la dernière heure rempli son devoir de représentant; la résistance énergique qu'il avait opposée à la force devait décourager les attaques de ses détracteurs, trop prompts à lui prêter un rôle effacé. Ce rôle d'homme d'action qui avait été méconnu lui semblait devoir être mis en lumière ; et elle l'exhortait à dire toute la vérité. Grand danger sans doute, car si pour l'instant c'est le départ pour l'étranger, seul moyen de se soustraire à une arrestation toujours possible, demain ce peut être lexil, officiellement décrété, l'avenir plus sombre encore pour son mari, pour ses enfants, pour sa petite Adèle qui a vingt et un ans et dont la vie brusquement interrompue risque de s'écouler tristement au loin ; mais elle subira toutes les privations plutôt que de conseiller une