‹ La vie d'une femmeChapitre 39 sur 48 · rue Sailli-Georges · texte numérisé non relu

rue Sailli-Georges

Girardin lui ost pourtant amère, il s'en dit consolé par une lettre de mon mari qu'il nous a lue. La goutte dont il souffre beaucoup le rend impotent ; il veut venir me voir, quoique effrayé de mes cinq étages, et nous nous sommes donné rendezvous chez ma portière. Nous sommes revenus par le Bois de Boulogne encombré de voitures et de cavalcades.

« Longehamps m'a peu intéressée. M""* Berlin m'ayant désigné une voiture oii était Eugénie, je n'ai pas détourné la tête.

« Il y a du vrai dans ce que m'a conté Léon Masson. Le général Goyon aurait fait une tournée d'académiciens et leur aurait dit que l'empereur, ayant l'intention de se présenter à l'Académie désirait remplacer M. Pasquier qui avait été son juge — ce serait de plus une occasion de parler des gouvernements précédents, — que l'histoire de César devant être finie dans six mois, il serait agréable à Sa Majesté que l'élection eut lieu à cette époque. Une dizaine d'académiciens ont voté blanc. Les autres membres, contraires à l'ajournement, ont précipité l'élection et abandonné Janin pour Dufaure qui avait le plus grand nombre de voix ^

« M"" Guimont a raconté à Auguste que Girardin dînant au Palais-Royal, Plonplou" l'aurait gour-

i. M. Dufaure était élu membre de l'Académio française le 23 avril 1863 en remplacement du duc Pasquier.

2. Le prince Napoléon, cousin de l'Kmpereur (sobriquet par lequel on le désigne.)

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mandé sur rattitiide de la Presse dans l'insurrection polonaise. Girardina répliqué qu'il n'était pas propriétaire de la Presse, que fût-elle à lui, il resterait maître de ses idées. Dans la discussion envenimée, Girardin aurait dit à Plonplon que si, par impossible, il succédait à son cousin, la liberté serait plus asservie encore sous son régime que sous celui-ci, qu'alors il se retirerait dans la maison qu'il a au bord du Rhin, sûr de n'y être pas dérangé. La pique, qui a duré quelques jours, s'est terminée par une visite de Plonplon à Girardin.

« Lundi. — Charles a dîné avec moi hier chez M™*" Lefèvre et a fait avec Peyrat les frais de la conversation. J'étrennais une toilette de mousseline blanche, ce qui me faisait4oute jeunette, car il faut se défendre, même quand on ne vous attaque plus. J'ai porté mes beautés le soir chez M"'" Golet qui m'avait écrit le matin pour m 'inviter à dîner. Elle avait M™'' Milner-Gibson qui désirait me voir. C'est vraiment une femme rare que M"'° Milner-Gibson, d'une affabilité simple, occupée du vrai, bien ouverte à tout progrès. Le surnaturel est pour elle naturel ; elle est en communication avec les vivants d'en haut; elle les suit, les voit, et cause avec eux; elle est avertie de leur présence par les mouvements que fait une table qui leur est consacrée. Cela n'empêche pas l'aimable visionnaire de donner beaucoup à cette vie, et de rester mère, femme et amie. M"" Milner-Gibson qui part aujour-

d'hui m'a fort pressée d'aller à Londres admirer j ses Miracles.

« On passe les nuits à imprimer mes mémoires '. Auguste passe des journées à corriger les épreuves. J'en reçois les doubles, ce qui est utile, et je débats avec Auguste les petits changements que je trouve bons à faire.

« Lundi. — C'était à mon tour de recevoir hier. On a radoté de mes mémoires qui occupent ces messieurs comme quelque chose d'importance, on a discuté fort longuement la couleur du papier de la couverture. Le choix m'étant indifférent, je laisse faire. Vous voyez par ce détail que je suis près de paraître, ce qui ne mesl pas indifférent, puisque je ferai aussitôt mes malles. Du reste Charles me fait une vie charmante, malgré ses gronderies. Il est dans une veine de rangement, et je ne suis pas assez rangeuse pour lui ; quand il s'est bien fâché, il m'embrasse, et nous causons sans fin. Je suis pour lui une camarade, et il prétend n'avoir ici besoin que de moi. »

]\jme Victor Hugo écrivait le :27 mai :

« Nous avons été en troupe dîner samedi chez M'"^ Bouclier. La chère était opulente et la gaité chétive. On a parlé des élections, discuté les votes, et qui 1 on nommerait de Guéroult ou de Prévost-

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