I. — L'amour à l’aurore de la vie
Ce n’est pas dans le cours de la vie que Dieu nous gratifie de la faculté de l’aimer, pas plus qu’il ne nous la donne en guise de récompense pour les mérites acquis. Avant de prendre connaissance de nous-mêmes, il y a en nous une tendance naturelle à aimer. Avant d’user de la liberté de notre volonté, il s’éveille en nous des impressionnabilités qui tournent naturellement notre âme vers les choses du ciel. Et ces ten-
l’amour dans l’ame chrétienne
dances comme ces impressions, toutes enfantines qu’elles soient, prennent vite le caractère d’un amour inconscient, il est vrai, mais qui n’en vibre pas moins sous le souffle de l’esprit divin.
Le seul nom de Jésus attire l’attention de l’enfant et le fait sourire. Ses petits bras s’agitent comme au nom de sa mère : c’est donc que son petit cœur éprouve des sentiments qui lui sont naturels, quoi qu’il ne puisse les contrôler. Bientôt l’enfant prononcera ce nom béni en joignant les mains : première élévation d’âme qui établit un doux contact entre Jésus et lui. Lorsqu’il aura essayé ses premiers pas, et que sa mère le conduira à l’église, sa joie enfantine éclatera auprès de la crèche ou devant le tabernacle.
Toutes manifestations qui révèlent dans l’âme de l’enfant comme un instinct surnaturel à recevoir dans son cœur des impressions d’amour divin.
Nous avons éprouvé ces impressions aux jours de notre enfance. Maintenant que nous pouvons les analyser, voyons-y comme une préparation éloignée à l’amour raisonné qui a ensoleillé les années de notre adolescence ; et comprenons la grâce immense que Jésus nous a faite de nous faire naître dans un milieu où les germes de
l’amour divin ont pu se développer au soleil de l’esprit chrétien du foyer familial.
L’amour initial et inconscient de l’enfant appelle, en effet, un autre amour régi par le contrôle de la raison. On aime d’abord sans le savoir, puis on veut aimer. On veut aimer, parce que l’on sait que c’est un devoir ; on est porté à aimer, parce que l’amour a des charmes et des attraits ; on est résolu à aimer, parce que l’on veut se garder fidèle au service du Dieu que l’on aime et que l’amour est le plus puissant moyen de persévérer.
Tous ces sentiments se réveillent rapidement dans l’âme qui prend possession d’elle-même. L’amour devient sa lumière, sa force et son besoin ; elle y fait appel autant pour s’orienter que pour se fortifier ; elle s’en sert comme d’un talisman contre les premières atteintes du mal ; elle trouve dans ses célestes douceurs une invitation secrète à se rapprocher toujours plus du Jésus auquel elle se sent tant attirée.
C’est ce qui la pousse à vouloir s’unir plus étroitement à Jésus, là où elle a appris à Le mieux connaître, dans la divine réalité de sa présence au Très Saint Sacrement. Son amour s’émeut à la seule pensée que Jésus est là, vivant et glorieux, comme II est au ciel. Son
l'amour dans l’ame chrétienne
amour s’enflamme, en considérant que Jésus n’a qu’un désir, celui de faire de son cœur son tabernacle et sa demeure. Son amour ne sera satisfait que quand Jésus aura pris possession de son cœur et qu’elle se sera nourrie de sa première Hostie.
Perspective lumineuse, espérance pleine de charmes divins, attraits tout célestes, que ceux de cette divine union de l’âme avec Jésus, au jour béni de la Première Communion ! Ces désirs, ces joies, ces transports expliquent ce fond d’amour que toute âme contient en elle-même et qu’elle doit s’appliquer à développer sans cesse.
Quelle brillante aurore de joies ineffables et de vertus chrétiennes que celle qui se lève au matin de la Première Communion, lorsque les feux de l’amour s’allument plus ardents dans l’âme que visite Jésus !
Nous l’avons vue cette aurore ; a-t-elle continué à nous illuminer ? Faisons-la reluire dans notre vie.