II. — L’amour dans le cours de la vie
Comme elle est grande la place de l’amour dans l’âme chrétienne qui veut se garder fidèle à ses devoirs et marcher sans faiblir dans la voie de la vertu qui doit la conduire à la sainteté !
On peut négliger bien des moyens spéciaux
de perfection ; on ne peut négliger celui de l’amour. On peut passer par des voies variées de piété et de vie chrétienne, où toutes les vertus ne s’imposent pas également ; on ne peut s’acheminer dans aucune, sans que l’amour y soit le premier des devoirs. On peut être appelé à des œuvres diverses, qui réclament des aptitudes particulières ; on ne peut en accomplir aucune que l’amour ne vivifie. On peut porter des responsabilités plus ou moins grandes ; on ne peut le faire qu’avec le secours de l’amour qui en fournit les moyens.
Les années peuvent s’accumuler, mais la loi de l’amour ne changera jamais, et afin de vivre chrétiennement, il faudra y avoir toujours recours pour s’y soumettre et s’en inspirer.
Les joies que l’on peut goûter en cours de route doivent être sanctifiées par l’état de grâce, qui est le premier degré de la charité. Les plus pures sont, sans contredit, celles de la vertu ; mais on ne peut en pratiquer aucune que l’amour ne vienne l’informer et lui donner sa valeur surnaturelle. Les plus sanctifiantes sont celles où il entre le plus d’amour divin. Les plus grandes resteront toujours celles où Jésus agit plus directement dans l’âme, par les divines communications qu’il nous fait de Lui-même, ou par les
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relations plus immédiates qu’il établit avec nous par les Sacrements, et en particulier celui de l’Eucharistie.
Quelle paix et quelle douceur n’avons-nous pas goûtées au service de Jésus, lorsque nous Lui sommes restés fidèles ! Si nous ne L’avions pas aimé, si notre amour ne nous avait pas toujours ramenés vers Lui, n’aurions-nous pas cédé à la tentation d’être naturels et terrestres dans nos joies, et, dès lors, d’en perdre tout le fruit.
Lors même que nous n’avons pas fait des réflexions précises pour dire à Jésus que nous puisions en Lui ou partagions avec Lui les joies que nous voulions vivifier par notre amour, la volonté habituelle de le faire a suffi. C’est là l’amour pur qui associe Jésus à toutes les joies de la vie et leur donne cette douceur surnaturelle qui en est le plus grand charme.
Puisque l’amour doit s’infiltrer dans tous les actes et à toutes les époques de la vie, il a sa place toute marquée à côté des peines et des épreuves qui assaillent inévitablement les âmes dans l’exil. Lorsque nous nous sommes appuyés sur l’amour, nous avons supporté avec patience et résignation tout ce qui nous a fait souffrir ; et nous n’avons rien perdu des mérites dont les
souffrances sont pour nous la cause. Lorsque nous nous sommes révoltés dans l’épreuve ou que nous ne l’avons pas acceptée chrétiennement, c’est que l’amour faisait défaut ; et du coup nous en avons perdu totalement ou partiellement le mérite.
Il y a dans la vie des occasions multiples de rencontrer des ennuis, des tristesses, des difficultés, des sacrifices et des tentations. L’on en sort victorieux quand on aime ; car l’amour fait pratiquer toutes les vertus, suivant les circonstances et les occasions. Et c’est ce qui fait que rien n’échappe à l’amour dans l’état ordinaire de la vie chrétienne. Il faut donc y recourir sans cesse. Plus l’amour est ardent, plus vite on répond à l’attaque, et plus parfaitement on tire parti de l’épreuve.
Il ne faut pas avoir vécu bien longtemps pour passer par des chagrins intenses ou se trouver aux prises avec des complications douloureuses, capables d’enlever la paix et la confiance dans le secours divin. C’est alors qu’il faut redoubler d’amour et trouver dans son cœur assez de force et de courage pour voir en tout la volonté de Dieu, pour l’accepter chrétiennement et s’appuyer sur elle comme sur un roc inébranlable. Là où les autres moyens sont inefficaces, l’amour garantit la victoire.
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Qu’est-ce donc qui peut résister à un cœur qui s’applique à aimer Jésus comme il en a été aimé, qui ne cherche qu’à Lui plaire, et qui veut avant tout que sa volonté s’accomplisse sur la terre comme au ciel ? L’assurance de la victoire est dans l’amour. Notre état de chrétien nous fait un devoir de résister à la tentation et de porter généreusement notre croix. Nous ne pouvons pas espérer ne pas souffrir, puisque la souffrance est une loi ; mais l’amour en est une autre qui nous aide à être fidèle à la première.
C’est là la science admirable des saints, qui trouvent le moyen d’accroître leur amour à mesure qu’augmentent leurs épreuves. Ils ne craignent pas la souffrance, ils ne s’agitent pas dans la tribulation, ils se laissent conduire par la main de Jésus dans les sentiers de l’expiation et dans les voies souvent épineuses de la sanctification. Une étoile les conduit, un soleil les éclaire, une boussole les oriente, une source les alimente, un port assuré les attend : c’est l’amour.
Marchons sur leurs traces, puisque nous passons par les mêmes voies et qu’il nous faut arriver au même terme. Lors même que nous ne goûterions point de grandes joies et que nous n’éprouverions point de grandes peines, il restera toujours le devoir à accomplir, la tentation à subir, la fidélité aux engagements à maintenir,
LA VIH D’AMOUR
les défauts à corriger et les vertus à pratiquer. C’est l’amour qui nous gardera fidèles et nous rendra saints.
Nous ne changerons rien ni aux desseins de Jésus ni à notre destinée : nous venons de l’amour et nous nous en allons à l’amour. La vie n’étant que le passage entre ces deux extrêmes, elle doit nécessairement participer à l’amour d’origine et à l’amour d’éternité.