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V. — L’amour, moyen puissant et rapide de perfection

Nous ne mettrons pas de limite dans la vertu, si nous n’en mettons pas dans notre amour. Nous ne pouvons nous contenter de vertus faciles et ordinaires, que si notre amour est faible et languissant.

Il serait vraiment étrange de ne pas vouloir progresser dans la vertu, lorsque nous savons que nous sommes appelés à la sainteté, puisqu’elle est indispensable pour nous unir éternellement à Dieu dans la Patrie. Ne serait-il pas inconséquent au suprême degré de ne pas employer la vie du temps à nous préparer à la vie éternelle qui nous attend ? Mais comme la perfection ne s’acquiert pas tout d’un coup, il nous faut renouveler sans cesse nos actes de vertu et, par cette répétition ininterrompue, accroître en notre âme la somme de mérites qui nous élévera jusqu’à la perfection.

l’amour dans lame chrétienne 53

Quel est le mobile assez puissant pour nous maintenir dans ce travail constant d’une vertu qui ne se lasse jamais, sinon l’amour? Il faut aimer pour se résoudre à ces efforts de tous les instants. Il faut aimer pour pratiquer dans l’ombre et le secret les vertus d’humilité et de renoncement qui ne sont vues que de Jésus. Il faut aimer pour lutter sans discontinuer contre soimême et ses mauvais penchants. Il faut aimer pour faire face courageusement aux ennemis ligués parfois tous ensemble contre notre bonne volonté. Il faut aimer pour ramasser au passage les croix qui bordent la route et les charger sur ses épaules. Il faut aimer pour accepter de se laisser immoler sans merci au bon plaisir divin.

Il faut aimer Jésus plus que l’on aime les créatures, pour les Lui sacrifier. Il faut aimer Jésus, pour Le suivre pas à pas et ne jamais s’écarter de la route douloureuse dans laquelle 11 conduit au Calvaire les âmes qu’il veut sanctifier. Il faut aimer Jésus, pour se faire sa victime et s’offrir constamment à son amour afin d’en être immolé. Il faut aimer Jésus, pour se contenter de Lui et trouver en Lui la satisfaction de toutes les aspirations de son âme.

Il est donc manifestement vrai qu’il n’y a pas de perfection sans amour, et que la perfection

s’impose à nous comme l’amour. Si le péché ne nous avait pas violemment détachés de notre premier principe, l’état d’innocence, dans lequel nous avions été créés, nous aurait conduits tout naturellement vers l’union divine dans l’amour éternel. Notre destinée toutefois reste la même; mais pour l’atteindre, il nous faut acquérir, par l’effort personnel, la sainteté que nous avons perdue. Chaque acte de vertu devient ainsi un effet de l’amour, qui produit en nous un accroissement de perfection.

Il ne faudrait pas prétendre pouvoir arriver à la sainteté sans l’amour. Les autres vertus peuvent nous faire gravir quelques degrés dans la perfection, mais l’amour seul peut déterminer en nous ces ascensions sublimes que couronne la sainteté.

L’amour est donc non seulement le moyen le plus puissant de perfection, il est encore le plus rapide. Dans la voie de l’amour, il n’y a pas de repos. Quand on aime, on va toujours de l’avant, sans perdre de temps, et on ne se lasse jamais. Tout au contraire, par un effet d’entraînement spirituel, on aspire à brûler les étapes et à arriver bien vite au but.

C’est ce qui fait que l’on voit des saints qui le sont devenus en quelques années. Et si tous ne

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