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I. — L’amour, principe et motif de sa donation

Quand une fois l’amour divin est entré dans une âme, il s’y révèle des secrets de générosité et de sacrifice qui la poussent vers une perfection toujours plus grande. Les hésitations disparaissent les unes après les autres, les raisonnements humains perdent peu à peu leur valeur, les illusions s’évanouissent, les attraits du monde s’obscurcissent, les affections terrestres n’exercent plus leur empire, le vide se fait insensiblement dans tout l’être, et le cœur aspire à un amour stable et reposant, dont il puisse jouir sans crainte et sans déception.

Comprenant qu’ici-bas tout est éphémère et ne

LA VIH D’AMOUR

peut satisfaire ce besoin d’amour qui vient de Dieu et plonge ses racines dans l’éternité, la résolution est vite prise de sacrifier tout le terrestre, pour ne se contenter que du bonheur d’aimer Jésus et de Le servir dans la fidélité.

Il y aura bien des sacrifices à faire, mais l’amour sera là pour les accepter généreusement. Il y aura des détachements nombreux à opérer, mais l’amour en donnera la force. Il y aura des séparations pénibles à supporter, mais l’amour les aura voulues et aidera à les endurer. Il y aura tout un passé à sacrifier, mais l’amour le fera oublier. Il y aura un avenir inconnu à envisager, mais l’amour saura l’ensoleiller.

Bien plus, comme la perfection de l’amour réclame la mort totale à soi-même, il pourra se rencontrer des luttes intérieures plus ou moins tenaces ; l’amour seul en aura raison. Des doutes sur sa persévérance pourront s’élever, à la vue de sa faiblesse et de sa misère spirituelles ; l’amour, plus que tous les raisonnements, relèvera le courage et fortifiera l’âme dans ses résolutions.

Après avoir entrevu l’idéal rêvé, l’âme appelée à la perfection de la vie d’amour, est heureuse d’avoir à s’immoler. Fermant les yeux sur ellemême, elle s’abandonne à Jésus, à qui elle aspire de consacrer toute sa vie. Elle s’en sait ai-

l’amour dans l’ame religieuse 61

mée, puisque l’amour seul a pu ainsi la choisir et l’appeler. Elle L’aime, à son tour, et la preuve en est dans les sacrifices qu’elle fait. Calquant son amour sur celui que Jésus lui porte, elle n’admet aucune restriction, elle ne fait aucune réserve, elle ne veut aucun partage. Son unique ambition est d’aimer et de pousser son amour jusqu’à l’héroïsme.

Elle ne considère rien autre que Jésus ; et pour L’aimer davantage, elle aspire à se faire victime avec Lui. Elle n’apprécie plus rien en dehors de Jésus ; et elle jubile de ne plus rien posséder, pour se contenter de Lui. Elle sait qu’en se consacrant à son divin Epoux, elle devra Le suivre jusqu’au Calvaire ; et son amour la fait soupirer après les souffrances et les crucifiements.

C’est bien là la passion de l’amour, où l’état religieux prend sa source. C’est bien là l’explication de tous ces dépouillements qui rendent à l ame sa pleine liberté. C’est bien là le mobile qui a inspiré l’âme dans ses choix. C’est bien là le motif déterminant qui lui a donné cette force surnaturelle de dire un adieu éternel au monde et à ses joies. C’est bien là ce qui caractérise sa donation totale et irrévocable. C’est bien là la jouissance suprême qu’elle a ressentie, lorsque

son amour n’a plus rien trouvé à offrir à Jésus son unique Bien-Aimé.

Il est donc absolument vrai que la pensée de la vocation religieuse a pris naissance dans l’amour, qu’elle a été inspirée par l’amour, qu’elle est souverainement sanctifiante parce qu’elle est sans cesse alimentée par l’amour, qu’elle est pour l’âme la preuve la plus éclatante de son amour, et, de la part de Jésus, la manifestation la plus tendre de son immense charité.

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