II. — L’amour, inhérent à son état de consacrée
Il y a dans l’appel à la vie religieuse un amour purement gratuit de la part de Jésus. Jésus aime évidemment toutes les âmes, puisqu’il a versé son sang pour chacune. Il a cependant des prédilections pour quelques-unes, et II n’a à en rendre compte à personne. S’il Lui plaît d’en appeler à son service personnel, c’est qu’il veut les aimer individuellement. S’il les établit dans un état de vie où ses communications divines sont plus faciles et plus fréquentes, c’est une satisfaction qu’il veut donner à son amour, et qu’il veut faire partager par les âmes de son choix.
S’il rend toujours plus étroites ses relations d’amitié divine, c’est qu’il accomplit tout un plan de charité par lequel II a résolu de les élever jusqu’à son intimité. S’il lève le voile qui
l’amour dans l’ame religieuse
cache ses perfections infinies et s’il se complaît à se révéler dans le secret du cœur, c’est qu’il opère ineffablement avec elles une union destinée à les confondre dans un même amour.
Une vie religieuse sans amour ne se comprendrait pas. Elle serait un non-sens, et équivaudrait à dire que Jésus appellerait à un état permanent de mortification et de sacrifice, sans fournir les moyens efficaces de les faire. Elle serait pour l’âme une douloureuse déception ; car pourquoi tout abandonner, si l’on ne retrouve pas tout en Jésus ? Pourquoi vider son cœur, si on doit le violenter en lui refusant l’amour qui est l’aliment de sa vie ? Pourquoi avoir tant soupiré après Jésus, lorsqu’on a ressenti les précieux attraits de la vie religieuse, si ces attraits ne trouvent pas leur réalisation dans l’état religieux ?
Tout *ce que l’âme religieuse peut ressentir de joie et de paix dans son genre de vie ne saurait la satisfaire, si l’amour n’est pas le principal fondement de son bonheur. Quand tout s’obscurcit en elle, — parce qu’il faut passer par les ténèbres pour apprécier la lumière, — l’amour est là pour la maintenir dans la voie. Quand la faiblesse spirituelle menace l’âme de défaillance, — parce qu’il est bon d’expérimenter son im-
puissance pour se méfier de soi-même, — l’amour apparaît comme le plus puissant motif de la garder dans la fidélité.
Quand, aux prises avec les épreuves intérieures, la désolation envahit l’âme, — parce qu’il est juste que le disciple ressemble à son Maître, — l’amour seul est un réconfortant suffisant pour conserver à lame sa sérénité et la faire adhérer pleinement aux volontés de son Bien-Aimé.
Rappelons-nous qu’il n’y a pas de vertu sans amour. Dès lors, plus la vertu grandit, plus l’amour augmente ; plus la vertu s’impose, plus l’amour devient indispensable ; plus l’état embrassé est parfait, plus l’amour le devient. Or, la vie religieuse est en elle-même un état de perfection, où la vertu s’exerce sans cesse et où l’âme est forcée, par devoir de vocation, de tendre sans répit à une perfection toujours plus grande. L’amour doit donc suivre la même marche ascendante, condition essentielle de l’acquisition de toute vertu.
C’est sous cet aspect attrayant qu’il faut considérer la vie religieuse et en apprécier les immenses avantages. On est sûr d’y aimer toujours ; on y est entraîné à un amour toujours grandissant ; on y vit essentiellement d’amour.
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Vrai vestibule du ciel sur la terre, où l’on goûte par anticipation les délices dont nous jouirons un jour avec les bienheureux dans la gloire.