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CHAPITRE SEPTIEME

L’amour dans l’âme sacerdotale

S’il est vrai que l’amour est la condition de notre demeure en Dieu et de la demeure de Dieu en nous, selon la parole de saint Jean : « Celui qui demeure dans la charité demeure en Dieu et Dieu en lui 1 », cette cohabitation mutuelle dans la charité sera d’autant plus grande que l’amour sera plus ardent. Il n’en tient donc qu’à nous de vivre plus intensément de la vie divine, en usant de ce moyen facile et inévitablement efficace, celui de l’amour.

Il y a des états qui favorisent davantage cette vie d’amour, laquelle cependant est celle de toutes les âmes destinées à demeurer au ciel dans un état permanent d’éternelle charité. Telle est la vie religieuse, où tout est ordonné en vue d’un accroissement constant d’amour divin dans la pratique fervente de toutes les vertus. Les âmes qui y sont appelées jouissent du privilège incomparable de n’avoir plus à s’occuper que de Jésus, à qui elles ont consacré leur vie pour toujours.

1 I Jean, iv, 16.

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Mais si l’on calcule le degré d’amour auquel doivent tendre les âmes d’après celui de la charité divine dont elles sont l’objet, il est une catégorie d’âmes que l’amour marque d’un sceau exceptionnel : ce sont les âmes sacerdotales. Elles appartiennent plus étroitement à Jésus, par le fait de leur caractère et de leur mission, et elles en sont naturellement plus aimées. Leur vocation les met en rapport continuel avec Jésus et ce contact développe nécessairement leur amour.

De sorte qu’il n’est pas osé de dire que, dans les desseins de Jésus, aucune âme ne doit brûler d’amour sur la terre autant que l’âme d’un Prêtre. Entrons avec respect dans ce sanctuaire des révélations d’amour que Jésus le souverain Prêtre opère dans les âmes sacerdotales.

I. — Le Sacerdoce, communication du plus grand amour que Jésus fait de Lui-même.

Jésus nous prouve son amour par les dons qu’il nous fait. Plus II donne, et plus II aime. C’est pourquoi II ne pouvait nous manifester plus éloquemment son amour, qu’en donnant sa vie pour nous. Chacune de ses grâces contient de l’amour ; et plus II les multiplie dans une âme, plus II augmente la charité dont II la gratifie.

C’est ainsi que cette prodigalité d’amour inspire aux âmes des résolutions généreuses qui les

font monter jusqu’à la sainteté. Jésus prévient, l’âme correspond; et l’amour cimente leur union.

Quoique toutes les communications que Jésus fait de Lui-même aux âmes soient toutes empreintes de l’amour qui L’incline vers elles, il en est qui expriment plus d’amour selon l’action plus grande que Jésus veut exercer et les desseins adorables qu’il a formés. Une lumière, une inspiration, une préservation, un pardon, un élan du cœur, un affermissement de volonté, sont des grâces que Jésus puise dans le réservoir des mérites infinis qu’a accumulés son amour. Ce sont comme des communications partielles de Lui-même qu’il fait selon les temps, les circonstances et les besoins de chacun.

Mais son amour ne s’en tient pas là ; il veut s’épancher toujours davantage. C’est ce que Jésus fait dans le cœur des saints. Tout adorable que soit cette action transformatrice d’un Dieu qui se livre à l’âme de son choix, il en est une autre qui exprime un amour d’un caractère particulier et que Jésus ne prodigue qu’à ses Prêtres. ^

Se donner pleinement, pour Jésus, c’est se donner tel qu’il est. Aimer souverainement, pour Jésus, c’est aimer avec tout l’amour que comporte le mystère de sa condition d’Homme-Dieu.

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De par la volonté de son Père, Il est Prêtre, et son Sacerdoce Le constitue dans son état de Verbe incarné. En tant que Prêtre, Jésus est l’expression du plus grand amour de Dieu pour l’homme ; de sorte que communiquer son Sacerdoce, c’est faire participer éminemment à cet amour souverain. En tant que Prêtre, Jésus concentre en Lui-même et l’amour qui a décrété l’Incarnation et l’amour dont II brûle pour son Père et pour les hommes ; imprimer dans une âme son caractère sacerdotal, c’est y imprimer tout ce que son Sacerdoce contient d’amour.

On ne peut considérer le Prêtre et en avoir une réelle intelligence, que si on le voit en Jésus Prêtre, en qui il a pris naissance, par lequel seul il existe, de qui seul il a reçu sa mission, par la puissance seule de qui il la peut efficacement accomplir.

En vérité, que s’est réservé Jésus qu’il n’ait donné à son Prêtre? Ce qui Le constitue le Prêtre de son Père et le Prêtre de l’humanité, Il le confie, en quelque sorte, à la garde de ses Ministres. Ils seront jusqu’à la fin des temps les Sacrificateurs de la divine Victime. Jésus n’opérera que par eux. Ils ont le droit d’user de sa puissance, comme ils ont le devoir essentiel de vivre de son amour.

Jésus a reporté sur eux tout l’amour dont II est l’objet de la part de son Père. Jésus en a fait comme des réservoirs de l’amour qu’il porte à l’humanité. En eux se rencontre l’amour du ciel et de la terre. Ils ne cesseront pas plus d’être aimés de Jésus, qu’ils ne cesseront d’être ses Prêtres. Personne ne devra aimer Jésus autant qu’eux, parce que personne n’en aura été tant aimé. Personne n’exprimera plus l’amour de Jésus, parce que personne ne sera Jésus comme eux.

Bénissons Jésus de l’amour qu’il porte à ses Prêtres. Adorons Jésus qui s’est communiqué si divinement à ses Prêtres. Aimons Jésus qui aime tant ses Prêtres, et aimons les Prêtres qui nous parlent si éloquemment de l’amour de Jésus.

II. — Le Sacerdoce, état d'amour permanent entre Jésus et le Prêtre.

Le caractère sacerdotal du Prêtre est un caractère indélébile. Ce que son Sacerdoce l’a fait, demeurera éternellement. Jamais il ne perdra rien de ce qui le constitue le Prêtre de Jésus. Toujours il dépendra du même principe d’amour qui l’a consacré Prêtre. Sans cesse il devra recourir à la puissance infinie d’amour que Jésus met à sa disposition, pour exercer son Sacer-

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doce. Toute sa vie il devra vivre d’amour pour être à la hauteur de la sainteté de son Sacerdoce.

Tant qu’il sera Prêtre, il ne devra faire qu’un avec Jésus ; et son Sacerdoce est éternel. C’est assez dire que l’amour s’impose à lui d’une nécessité absolue, et que le jour où il n’aimerait pas ou aimerait moins, il porterait atteinte à son Sacerdoce. Son caractère sans doute demeurera, mais l’amour qui en est une conséquence restera toujours le signe de sa correspondance à sa grâce sacerdotale.

De la part de Jésus il n’y aura jamais de retrait d’amour envers son Prêtre fidèle, pas plus qu’il n’y aura de changement dans la perfection de son caractère sacerdotal. Jésus influera toujours dans l’âme de son Prêtre l’amour initial qui a été la raison de son choix et l’a fait officiellement son consacré.

Reconnaissant en elle toute la charité qu’il possède divinement comme Prêtre, Jésus s’en constitue comme le gardien, et II multiplie ses grâces pour que le Prêtre y reste fidèle.

Aucune âme ne Lui étant chère comme l’âme sacerdotale, Il agit en elle avec une tendresse particulière. Il ne cesse de l’inviter à L’aimer et de croître dans son amour. Il lui rappelle jus-

qu’à quel point II l’a aimée, pour se livrer à elle avec tant de plénitude. Il lui parle sans cesse au fond du cœur, et II la supplie de L’aimer comme Lui aime son Père. Il l’éclaire, afin de la persuader que l’amour doit être le caractère distinctif de sa spiritualité. Il lui fait comprendre que, comme Prêtre, il est l’homme de l’amour et que pour sanctifier les autres dans cet esprit, il doit le premier s’en remplir et s’en inspirer en tout. Il se plaît à lui révéler les secrets d’amour qu’il garde pour ses intimes, et II lui redit que, par le seul fait de l’avoir associé à son Sacerdoce, Il en a fait un de ses plus chers privilégiés.

Quelles sublimités pour l’âme sacerdotale! Que peut-elle rêver de plus ? En vérité, que Jésus pouvait-il faire pour elle, et qu’il n’ait point fait ? Où trouver plus d’amour de la part d’un Dieu ? Où rencontrer un devoir d’amour plus impérieux que celui qui s’impose au Prêtre ?

Aussi quelles suavités de rapports mutuels entre ces deux cœurs faits l’un pour l’autre ! Quelle sublimité de vie dans cet échange d’amour qui établit le Prêtre dans un état permanent de charité divine !

O Prêtres, aimez. Votre Sacerdoce, c’est l’amour !

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III. — L’amour, principe essentiel de sainteté pour le Prêtre.

Le Prêtre est tenu de pratiquer toutes les vertus, sans quoi il ne pourrait être un modèle pour les autres. Sa mission est d’enseigner par l’exemple autant que par la parole. Sous peine de paralyser son ministère, il doit agir sur les âmes avant tout par la sainteté de sa vie.

Cela suppose déjà de l’amour ; car s’il veut être saint, c’est pour correspondre à une volonté formelle de Jésus et rendre son ministère plus fructueux pour sa gloire. S’il a à cœur de ne pas s’écarter de la doctrine de son Maître, c’est que la délicatesse de son amour veut la livrer dans toute sa pureté. S’il s’applique à révéler Jésus et à y conduire les âmes, c’est que son amour lui en fait une loi sacrée. S’il dépense sa vie pour sauver et sanctifier les âmes, c’est qu’il ne veut rien perdre des grâces d’amour et de miséricorde que Jésus lui a confiées et que son zèle d’amour doit faire fructifier.

Plus l’amour est ardent dans l’âme d’un Prêtre, et plus le désir de la sainteté le pousse à l’héroïsme de la vertu. Jésus n’a rien fait que par amour, et II demande au Prêtre de marcher à sa suite dans la même voie. C’est l’amour qui a inspiré Jésus dans l’accomplissement des volontés

de son divin Père et L’a conduit jusqu’au Calvaire. C’est l’amour, avant tout, qui doit être le caractère de la sainteté du Prêtre, s’il veut ressembler à son Maître.

Tout autre motif ne suffirait pas pour faire du Prêtre un saint. Pour tirer de son Sacerdoce tout ce qu’il contient pour sa sanctification personnelle, le Prêtre doit mettre en œuvre un amour correspondant à celui qui fait du Sacerdoce de Jésus la source de toutes les grâces et le principe de toute vertu et de toute sainteté.

Le Sacerdoce dans le Prêtre n’étant qu’un écoulement de celui de Jésus, il ne peut en avoir toute l’efficacité de perfection personnelle, que s’il reflète ce qu’il y a essentiellement en Jésus souverain Prêtre : l’amour.

Un Prêtre qui ne se sanctifierait pas par l’amour, pourrait communier à Jésus par l’esprit, mais n’y communierait pas par le cœur. Il se priverait ainsi, non seulement des douceurs de l’amitié divine, mais il négligerait des grâces puissantes qui ne sont que le résultat de l’amour. Il trouverait certaines satisfactions spirituelles à pratiquer les autres vertus, mais il ne connaîtrait pas les plus grandes et les plus réconfortantes.

N’ayant de son Maître qu’une connaissance

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incomplète, — puisqu’il n’aurait qu’une science limitée de son amour, — il serait moins attiré vers Lui et ne pourrait jouir de l’intimité divine que l’on ne goûte que dans le cœur à cœur de l’amitié.

Le mobile de l’amour est, de sa nature, si puissant et si sanctifiant, qu’il serait coupable, plus pour un Prêtre que pour tout autre, de ne point le comprendre et de le négliger. Plutôt, que l’âme du Prêtre, faite pour atteindre les sommets de la perfection, s’ouvre toute grande aux effluves d’amour qui s’écoulent du cœur de Jésus le Prêtre Eternel pour en remplir l’âme sacerdotale.

Un Prêtre qui aime est un Prêtre saint. Un Prêtre qui aime Jésus et vit de son amour, est un Prêtre à la hauteur de son Sacerdoce.

Obtenons, par nos prières et nos sacrifices, des Prêtres qui se sanctifient dans l’amour. Ce sont ceux-là qui sont des Prêtres selon le cœur de Dieu.

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