‹ La vie d’amourChapitre 32 sur 57 · III. — L’amour de réparation · texte numérisé non relu

III. — L’amour de réparation

Si nous n’avions pas péché, nous aurions toujours aimé, puisque l’état de grâce n’existe pas sans la charité. En péchant, nous avons diminué le degré de notre amour par un péché véniel, ou nous avons perdu totalement notre amour par un péché mortel.

Nous avons donc ravi à Dieu, par nos péchés, l’amour que nous lui devions ; nous sommes par conséquent obligés de le lui rendre. Non seulement c’est de toute justice, mais encore ce doit être un besoin de notre cœur.

En frustrant Dieu de l’amour sur lequel il était en droit de compter, nous avons méconnu ses droits souverains sur nous et nous avons comme suspendu le cours de ses miséricordes. Une seule chose peut rétablir l’équilibre dans les manifestations de la charité divine envers nous : notre amour. En revenant à Dieu dans toute la sincérité de notre cœur, nous attirons ses pardons et nous lui permettons de nous aimer encore.

Plus notre repentir est grand, et plus notre amour est puissant pour obtenir de Dieu des grâces de purification et de miséricorde. Dieu n’attend que cela pour oublier nos péchés, blanchir notre âme et se porter vers nous avec une plus grande bonté, en rapport avec nos faiblesses et nos misères.

Tant que l’amour ne sera pas venu nous jeter aux pieds de Dieu, que nous avons offensé, et qui ne peut nous pardonner que si nous recommençons à l’aimer, nous ne nous le rendrons point propice et l’obstacle que nous avons élevé entre lui et nous demeurera. L’amour nous aurait gardés fidèles ; l’amour seul nous rendra notre fidélité.

C’est donc avec empressement et une ferveur ravivée par le souvenir de nos fautes, que nous devons nous efforcer, après avoir reconquis

notre amour, d’en faire un amour pleinement réparateur.

Autant ce devoir de justice s’impose, autant les exigences de notre amour recouvré réclament une réparation généreuse correspondant à la gravité de nos infidélités.

La pensée de la peine que nous avons faite à Jésus doit nous briser le cœur. Et comme c’est notre amour que nous Lui avons refusé, nous devons éprouver un désir ardent d’en augmenter l’intensité, afin de Lui offrir une compensation qui Lui soit agréable.

Il ne faudrait pas s’étonner toutefois si ce besoin du cœur rencontre des obstacles à sa réalisation. En mettant une interruption dans notre amour, nous avons perdu la force des liens qui nous tenaient unis à Jésus et nous avons suspendu les effets de notre amour primitif. Il faut maintenant revenir en arrière et renouer les liens que nous avons rompus. Naturellement, nos efforts doivent être plus grands, pour rattrapper le temps perdu et rendre à notre âme la générosité première, mais augmentée de la vigueur de notre esprit de réparation.

C’est en redoublant d’amour que nous persévérerons dans les efforts et les sacrifices que nous saurons généreusement nous imposer pour

rendre à Jésus un culte d’amour qui soit, avec une expiation du passé, une garantie de persévérance pour l’avenir.

Cet amour, exigé par l’amer regret de nos fautes, et ravivé par nos ardents désirs de réparation, peut nous conduire à des hauteurs de charité divine que nous n’aurions peut-être pas atteints si nous étions restés toujours fidèles. L’exemple des grands pénitents est là pour nous faire admirer, dans leur sainteté, la véhémence de leur amour qui les y a fait monter.

Aimer, parce que c’est un devoir capital, c’est beau. Aimer doublement, parce que l’amour correspond à un double devoir, c’est deux fois beau. Aimer plus encore, pour apporter une surabondance d’amour là où il y a eu un excès d’ingratitude, c’est beau de la beauté de l’amour miséricordieux de Jésus se reflétant dans la beauté de l’amour réparateur des pénitents.

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