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IV. — L’amour de reconnaissance

Si Dieu ne nous avait pas créés, nous n’aurions jamais existé. S’iljious a appelés à la vie, c’est par un pur effet de sa bonté. Il est notre origine nécessaire, tout autant que notre fin dernière.

Nous n’apprécierons jamais à sa juste valeur

la grâce d’avoir reçu l’existence avec tous les dons que comporte notre nature d’êtres intelligents. Etre dotés d’une intelligence capable de connaître Dieu, d’un cœur fait pour l’aimer, d’une volonté devenue la source de nos mérites et destinée à nous conduire à la vie éternelle : n’est-ce point là avoir été aimés gratuitement et sans autre motif que celui d’une volonté éternelle mue par une infinie charité ?

Nous n’aurions que cette raison d’aimer Dieu, que notre vie tout entière devrait être employée à le bénir et à l’aimer. Pensons à ce que nous serions, si Dieu ne nous avait pas créés : de purs néants, dénués de toute réalité et ne correspondant à aucune conception d’existence quelconque. C’est pourquoi la vie est la plus grande des grâces, parce qu’elle est la grâce initiale qui prépare et explique toutes les autres.

Nous aurions pu être l’objet de la puissance divine, nous appelant à l’existence, sans pour cela naître des êtres raisonnables. Recevoir une âme immortelle, avoir conscience de soi, et pouvoir rendre à Dieu, par sa liberté et son amour, ce qu’on en a reçu, n’est-ce point là l’objet de la plus belle et la plus douce des reconnaissances?

Servir Dieu dans l’action de grâce pour ses bienfaits, n’est-ce pas de l’amour? L’aimer pour

en avoir été tant aimés, n’est-ce point le remercier ? Toute autre reconnaissance, qui ne sortirait pas du cœur, serait une reconnaissance de raison qui nous laisserait froids et produirait peu de fruits ; seule la reconnaissance d’amour est la réponse qui convient à la charité divine qui a présidé à son action créatrice.

Mais nous avons bien d’autres motifs de reconnaissance : ce sont les bienfaits personnels dont nous avons été comblés. Notre vie en est pleine, et il ne nous faut pas réfléchir longtemps pour constater que nous avons été aimés d’un amour privilégié.

La preuve en est dans les grâces de tout genre qui ont émaillé notre vie. Grâces de préservation dans les dangers qui auraient pu nous être mortels ; grâces d’inspiration qui nous ont été de puissants moyens de perfection et de salut ; grâces de lumière dans les heures de doute et de ténèbres ; grâces de force dans les tentations ; grâces de pardon après nos chutes ; grâces de consolation dans nos peines ; grâces d’assistance dans les moments difficiles ; grâces de réconfort en face des sacrifices ; grâces de générosité dans l’accomplissement du devoir ; grâces de constance dans la pratique de la vertu ; grâces d’attrait plus prononcé vers la piété ; grâces d’appel

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miséricordieux à la perfection ; grâces de paix profonde dans l’expérience de la vie intérieure ; grâces de douce suavité dans la vie d’amour ; grâces ineffables dans les divins colloques avec Jésus l’unique Bien-Aimé.

Chacune de ces grâces mérite une reconnaissance spéciale et réclame de l’amour. Après avoir tant fait pour nous, Jésus s’attend à un retour de profonde gratitude. Nous devons en sentir le besoin dans notre cœur. C’est en aimant que Jésus nous a tant donné, c’est en aimant que nous apprendrons à Le remercier.

Souvenons-nous que Jésus n’était pas tenu de nous traiter avec tant de bonté. Ses bienfaits correspondent à des desseins formés dans l’amour et destinés à produire l’amour. Il faut les entrevoir dans le terme final où ils doivent nous conduire. Si donc nous parvenons, en aimant souverainement Jésus sur cette terre, à L’aimer éternellement au ciel, notre reconnaissance aura été parfaite. Bénissons et louons Jésus en L’aimant. Ne cessons de Lui dire notre amour ; c’est le moyen qui Lui exprime plus suavement notre reconnaissance.

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