‹ La vie d’amourChapitre 34 sur 57 · V. — L’amour de délicatesse · texte numérisé non relu

V. — L’amour de délicatesse

Lorsqu’on aime, on se plaît à donner des marques de son amour. Lorsque l’amour croît en

nous, on en multiplie les manifestations. Lorsque le cœur est totalement épris d’amour, il s’ingénie pour trouver toujours de nouvelles expressions de son amour ; il saisit les moindres occasions et se sert des choses les plus minimes pour leur imprimer un cachet de délicatesse correspondant à l’ardeur de son amour.

Rien ne gagne autant le cœur de l’être aimé, que ces douces manifestations de l’amour de délicatesse. En effet, pour aimer par un sentiment du devoir, il suffit d’accomplir la loi et de s’appliquer à ne point la transgresser. Pour aimer en esprit de réparation, il y a à faire contrepoids à ses infidélités par une augmentation d’amour correspondant. Pour aimer avec le désir d’une plus grande perfection par la pratique des conseils évangéliques, il faut embrasser la vie de sacrifice qui devient l’aliment et la preuve de son amour.

Mais pour aimer d’un pur amour de délicatesse, il faut être constamment attentif à plaire à Jésus, à L’avoir toujours devant les yeux, à ne s’inspirer que de son bon plaisir, à chercher à deviner chacun de ses désirs, à accourir au-devant de son moindre signe, à profiter de toutes les occasions de Lui prouver son amour, à renouveler à tout instant ses actes d’amour,

LES FORMES DIVERSES DE LAMOUR g5

à accomplir tous ses devoirs uniquement parce qu’on L’aime et qu’on y voit sa sainte volonté, à faire à la perfection tout ce qu’on fait en vue de Lui être plus agréable ; en un mot, à n’être mû en tout que par le motif suprême de L’aimer, de n’aimer que Lui, de L’aimer souverainement et de se consumer d’amour à son service.

Dans cet esprit d’amour délicat, l’âme a horreur de la moindre infidélité ; elle aimerait mieux mourir que de causer la moindre peine à son Bien-Aimé ; elle accepte avec bonheur les occasions de souffrir quelque chose pour Lui ; elle aspire à Lui donner toujours plus d’amour ; elle met sa joie à Lui offrir des petites consolations, fruit de ses petites vertus, comme à Lui en procurer de plus grandes chaque fois que se présente une difficulté plus prononcée à vaincre, un devoir plus pénible à accomplir, une tentation plus forte à combattre, un effort plus généreux à faire, une épreuve plus douloureuse à supporter.

L’âme se sert ainsi de tout pour redire à Jésus son amour, et son bonheur le plus grand est de savoir qu elle L’aime et qu’elle en est aimée. Et parce que Jésus est tout pour elle, elle Le regarde sans cesse, elle fixe son âme en Lui et n’aspire qu’à ne faire qu’un avec Lui. Saisissant tous les sentiments du cœur de son Bien-

Aimé, elle en voit en quelque sorte sur sa physionomie l’expression touchante.

Elle Le voit sourire, lorsqu’elle pense à Lui, et elle s’en occupe dans son esprit. Elle lit dans ses yeux la joie que Lui procure chaque regard d’amour qu’elle porte sur Lui, et elle Le fixe avec tendresse. Elle remarque qu’il prête une attention spéciale à ses protestations de fidélité, et elle multiplie ses actes d’amour. Elle observe sur sa figure l’émotion des palpitations de son cœur chaque fois qu elle s’unit à Lui et demeure dans son amour, et elle aspire toujours plus à ne faire qu’un avec Lui.

Vraie vie du ciel sur la terre. Joie indicible de pouvoir plaire à Jésus. Préoccupation constante d’un amour toujours plus généreux et plus délicat au service du plus adorable des maîtres et du plus tendre des époux.

Une âme qui n’a plus ainsi que Jésus en vue, et qui ne vit que pour L’aimer avec la même tendresse dont elle est elle-même aimée, est une âme que l’amour conduira inévitablement à la sainteté.

Page 1