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VI. — L’amour de passion

Au ciel, l’amour n’a pas de bornes ; sur la terre, l’amour est forcément limité. Dans la Patrie, il

n’y a plus d’obstacle à l’amour, et l’amour est arrivé à sa plénitude ; dans l’exil, l’amour est le fruit de l’effort et il s’accroît en raison de la générosité. C’est ce qui fait qu’il y a toujours icibas de nouveaux degrés d’amour à gravir et que nous ne pourrons en atteindre la perfection complète que dans la gloire.

C’est également la raison pour laquelle nous ne devons jamais nous lasser d’aimer ni nous ralentir dans le plus important de nos devoirs et la plus noble de nos ambitions. Tout au contraire, connaissant le chemin qu’il lui reste à parcourir et la brièveté de la vie pour en atteindre le terme, l’âme s’émeut et s’enflamme d’ardeur à mesure qu’elle avance dans la voie de l’amour.

A l’exemple des coureurs qui s’entraînent pour s’assurer la victoire, l’âme, éprise de l’amour de Jésus, augmente sans cesse la rapidité de sa course et écarte vigoureusement tous les obstacles qui pourraient la ralentir. L’œil fixé sur Jésus qui marche devant elle et l’entraîne par son exemple, elle poursuit sa route sans le moindre arrêt, et sans perdre jamais contact avec le divin Pasteur qui la guide.

Chaque nouveau degré d’amour qu’elle ajoute au précédent augmente son énergie, et elle se sent prête à tous les sacrifices pour faire un pro-

grès de plus dans la voie d’amour qu’elle a embrassée. La charité la presse, à l’exemple du grand Apôtre, et elle est disposée à tout pourvu qu’elle puisse aimer toujours davantage. Rien ne l’effraye, car elle se repose sur son amour. Rien ne la distrait de l’objectif qu’elle veut atteindre, car elle a juré de n’en avoir point d’autre. Et si elle doute parfois, car elle connaît sa misère personnelle, elle puise aussitôt de nouvelles énergies dans l’amour dont elle se sent enflammée.

Bien plus, pour aviver son amour, elle cueille avec ardeur les croix du chemin et, en s’y attachant avec Jésus qu’elle veut aimer comme elle en a été aimée, elle apprend à aimer par la souffrance et le sacrifice. Et comme la vie du chrétien sur la terre est une vie hérissée d’épines et nécessairement crucifiante, elle trouve dans la souffrance des occasions constantes d’accroître son amour.

Fortifiée par son amour, elle opère en elle des dépouillements incessants et elle se nourrit d’immolations. L’amour la rendant magnanime, elle se considère comme une victime vouée à la destruction totale, et elle rêve de ne faire avec Jésus qu’un seul et même holocauste. Elle s’épuise à vouloir saisir Jésus, pour s’unir à Lui au point

d’en être absorbée. Plus elle aime, et plus elle sent s’accroître ses désirs d’aimer. Plus elle étreint Jésus, et plus Jésus lui échappe : jeu admirable d’un Dieu qui creuse sans cesse dans l’âme des abîmes nouveaux que l’amour ici-bas ne saurait combler, mais qui active dans l’âme la passion déifiante de l’amour.

Sublime ambition qui ressemble à la folie, mais à une folie vraiment divine. Jésus Luimême en est l’auteur ; et en aimant de la sorte, l’âme ne fait que ressembler à son divin modèle. Une vie employée à aimer sans trêve et nourrie d’un amour de passion qui conduit l’âme à l’héroïsme de toutes les vertus, est une vie divinement heureuse qui la prépare à une gloire, au ciel, proportionnée à son amour sur la terre.

Puisse Jésus embraser de cet amour de passion toutes les âmes qui liront ces lignes ! Elles seront marquées du sceau de l’éternelle félicité.

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