VIII. — L’amour d’abandon
La preuve de l’amour, c’est de se donner ; la force de l’amour, c’est de se sacrifier ; la perfection de l’amour, c’est de s’abandonner.
Aimer, c’est l’aspiration de toute âme qui chemine dans l’exil, en route pour le Paradis. Aimer par tous les sacrifices que réclame l’amour, c’est aimer comme il faut aimer pour ressembler
à Jésus, le divin modèle dans la vie d’amour. Aimer assez pour ne voir en tout que la sainte volonté de Jésus et s’abandonner à son bon plaisir, c’est aimer comme doivent aimer tous ceux qui veulent devenir des saints.
Tant que notre amour n’a pas pris le caractère d’un amour de total abandon à Jésus, il y a lieu de travailler encore, de se surnaturaliser davantage, de se renoncer plus complètement, de progresser dans la confiance, de donner à Jésus une place plus grande dans sa vie et de L’établir le maître absolu dans son âme ; Lui laissant ainsi le droit de toujours commander, le soin de tout diriger, la liberté de nous orienter, et la responsabilité totale des moyens aptes à nous sanctifier.
Cette attitude de l’âme est facile, lorsqu’on connaît le passé, lorsqu’on a expérimenté tant de fois les bontés de Jésus à notre égard, lorsqu’on a été l’objet de ses nombreux pardons, lorsqu’on sait qu’aucune grâce ne nous vient que par Lui, lorsqu’on se rappelle que son assistance ne nous a jamais manqué, lorsqu’on est convaincu qu’il sait encore mieux que nous ce qui nous convient et qu’il ne permettra jamais rien qui ne soit pour notre plus grand bien.
Ces considérations doivent nous éclairer suffi-
samment pour nous convaincre que nous ne ferons jamais fausse route en nous abandonnant ; bien plus, qu’il y aurait une véritable inconséquence à ne pas le faire.
Ne serait-il pas étrange, en effet, que l’expérience du passé ne nous ait pas plus instruit, et que les souvenirs gravés dans notre vie d’amour au service de Jésus n’aient point laissé une trace plus profonde dans notre âme ? Croira-t-on jamais que nous avons donné à Jésus tout l’amour qu’il attend de nous, si nous y apportons des réserves telles qu’elles ne nous permettent pas de franchir les limites de l’abandon d’amour.
Qui ne voit que ces restrictions dans l’amour seraient un obstacle à une plus grande perfection et, dès lors, une déception pour Jésus et un malheur pour nous.
Prouvons à Jésus que nous avons confiance en Lui : c’est le moyen d’en être plus aimés. Rendons notre confiance amoureuse, et notre amour confiant. Nous avons juré à Jésus de L’aimer, et nous ne tiendrons complètement notre promesse que si notre amour devient un amour d’abandon.
Il n’est point de bonheur comparable à celuilà, car c’est atteindre la perfection de l’amour. Que ce bonheur soit le nôtre ! Que cet amour soit notre ciel sur terre !