‹ La vie d’amourChapitre 39 sur 57 · I. — La fuite du péché · texte numérisé non relu

I. — La fuite du péché

La première condition de l’amour, c’est l’état de grâce. L’âme dans laquelle habite le péché, est une âme qui n’aime pas ou qui aime moins, selon la gravité de ses fautes. Que le péché soit véniel ou mortel, il est un obstacle à l’amour. Cela se comprend facilement, car comment oser dire à quelqu’un qu’on l’aime, lorsqu’on ne craint pas de le contrister ? Comment avoir foi soi-même dans son amour, si l’on n’évite pas avec soin ce qui peut lui porter atteinte ?

Aimer en paroles, c’est facile, mais ce n’est pas pour cela toujours vrai. Aimer véritablement, c’est le prouver par des actes.

La pensée de celui qu’on aime doit nous rendre attentifs à ne rien faire qui puisse lui déplaire, et encore moins gravement l’offenser.

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C’est là le premier sentiment que fait naître l’amour ; s’il faisait défaut, notre amour serait à la merci de la première occasion de chute et ne pourrait résister victorieusement à la tentation. Tant que les sollicitations du monde et nos propres penchants semblent endormis et nous laissent en repos, nous sommes exposés à nous faire illusion sur nos forces personnelles ; et si, dans cet état, nous ne sommes pas fortifiés par la crainte du péché et la ferme résolution de ne le point commettre, nous courons au-devant de la défaite.

Qu’est-ce donc qui pourra nous arrêter sur cette pente fatale, si ce n’est l’amour que nous portons à Jésus et qui sera notre talisman en face de l’ennemi ? Résolus de ne Lui faire jamais la moindre peine, nous penserons à sauvegarder notre amour et nous nous tiendrons à l’écart de tout ce qui pourrait le diminuer ou nous le ravir.

Cette préoccupation d’amour nous rendra perspicaces dans le danger, et nous tiendra en éveil pour ne point laisser l’ennemi nous approcher de trop près, pour fuir les moindres occasions qui mettraient notre vertu en péril, pour nous prémunir par la prière, la prudence et la mortification, contre notre propre faiblesse, et pour soutenir notre courage dans le combat.

Ne nous flattons pas de l’espérance illusoire de nous préserver du péché sans l’amour. Nos raisonnements, tout comme l’assurance trompeuse d’une trop grande confiance en nous-mêmes, pourront, dans certains cas, nous garder fidèles, mais ne sauront nous maintenir toujours. L’amour seul peut nous assurer la victoire, parce que l’amour restera toujours le grand mobile de nos efforts et la source puissante des grâces dont nous avons besoin pour éviter le péché.

Un simple regard sur Jésus à qui nous voulons coûte que coûte rester fidèles, est déjà une force. Une affection du cœur qui met en balance l’amour que nous portons à Jésus avec les suggestions du mal, nous est aussitôt une lumière et un redoublement d’énergie. Pour peu que nous ne perdions pas Jésus de vue et que nous tenions notre cœur attaché au sien, nous sentons une assistance divine qui assure la victoire.

Vraiment, aimer Jésus, c’est garder la pureté de son âme, c’est diminuer le nombre de ses imperfections, c’est accroître sa force de résistance dans les tentations, c’est s’assurer tout un arsenal de combat pour faire face à tous les ennemis.

Aimer, c’est devenir délicat envers Jésus, c’est profiter de toutes les occasions de Lui donner la

préférence, et c’est être prêt à tout souffrir plutôt que de Lui faire de la peine.

Aimer pour ne point pécher, c’est aimer comme il faut aimer. Ne point pécher parce que l’on aime, c’est le premier effet de l’amour. Affermissons nos âmes dans cet amour de fidélité qui nous gardera de tout péché.

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