‹ La vie d’amourChapitre 40 sur 57 · II. — La pratique de la vertu · texte numérisé non relu

II. — La pratique de la vertu

Ne point faire de peine à Jésus par le péché, c’est évidemment le premier devoir de l’amour. Ce devoir toutefois est plutôt négatif, en ce sens qu’il consiste à ne point poser d’actes mauvais. Il en est un autre, plus positif celui-là, qui n’est plus un devoir d’abstension, mais qui s’exerce par des actes formels et précis dans toute vie chrétienne, c’est celui de la vertu.

On ne peut être vertueux sans aimer. La vertu ne se pratique que par un motif surnaturel, dans lequel il entre nécessairement de l’amour. Si ce motif n’est pas toujours explicite, parce qu’il ne paraît pas toujours le motif déterminant, il n’en est pas moins le mobile essentiel de tout acte vertueux ; au point qu’il serait plus juste de dire que tout est amour dans la vertu. Et cela, parce qu’il n’y a pas, théologiquement parlant, de vertu sans charité, et que toute perfection de vertu entraîne un accroissement de charité. C’est même

la charité qui informe la vertu ; en d’autres termes, qui fait que la vertu est vertu. Sans quoi la vertu resterait dans le domaine purement naturel et, dès lors, ne serait la cause d’aucun mérite pour le ciel.

Les âmes qui pratiquent la vertu le doivent donc à l'amour qui engendre en elles la vertu ; elles le doivent également à l’amour personnel qu’elles apportent pour la pratiquer. C’est bien, en effet, pour accomplir un devoir imposé par Jésus, que l’on pose des actes de vertu. C’est bien dans la pensée de ressembler à Jésus, que l’on marche dans la même voie qu’il a suivie et que l’on s’applique à pratiquer les mêmes vertus. C’est bien en vue de Lui être agréable, que l’on ne néglige aucune occasion de Lui plaire, par la pratique de toutes les vertus. C’est bien pour croître dans son amour, que l’on se montre généreux à son service, par le support des adversités et l’acceptation de tous les sacrifices. C’est bien pour nourrir son amour, que l’on aspire à la perfection qui doit nous unir plus étroitement à Jésus. C’est bien pour que Jésus seul soit glorifié en nous, que l’on ne vit que pour Lui et que l’on demeure dans son amour.

S’il y a tant de joie dans la pratique de la vertu, c’est que l’âme y trouve le moyen de prou-

ver à Jésus son amour. Si l’on a tant de courage pour persister dans les efforts continuels que nécessitent la résistance aux tentations et la mort totale à soi-même, c’est que la pensée de Jésus soutient et fortifie dans la fidélité qu’on Lui a jurée. Si l’on accepte si généreusement les sacrifices que comportent l’accomplissement de ses devoirs d’état et la persévérance dans ses engagements sacrés, c’est que l’on y voit Jésus et le moyen de Lui plaire. Si l’on ravive sans cesse dans son âme les désirs d’une plus grande perfection, c’est que le désir de s’immoler pour Jésus va de pair avec l’amour crucifié qu’on Lui a voué.

D’où plus l’amour est grand, plus la vertu augmente. Plus l’amour est intense, plus la vertu est généreuse. Plus l’amour est parfait, plus la vertu est héroïque.

Ce que l’Eglise couronne dans ses saints, c’est leur amour qui les a fait saints. Leurs vertus ne sont que des rayonnements de leur charité. Il en est de même pour nous. Ce que Jésus regarde en nous, c’est notre amour ; les formes extérieures que nous donnons à notre amour, par la pratique des vertus, ne font que révéler l’amour dont nous sommes embrasés. Ce dont Jésus nous récompensera, ce sera l’amour que nous

LES DEGRÉS DE l’aMOUR 1 1 3

aurons eu pour Lui et qui demeurera éternellement la cause de notre gloire et la mesure de notre bonheur.

Plus que jamais, développons en nous l’amour. C’est le moyen essentiel de réjouir Jésus, de répondre à ses grâces et de parvenir à la sainteté.

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