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III. — Le désir de la perfection

Pour croître en vertu, il faut croître en amour. Du moment que nous ne devons apporter aucune borne à notre amour, nous ne pouvons pas en mettre à notre vertu. Sur cette terre, l’amour se manifeste nécessairement par la vertu. Les occasions comme les obligations de pratiquer la vertu font partie de notre existence. Nous ne pouvons vivre sans avoir des devoirs à remplir, des combats à soutenir, des difficultés à vaincre, des tentations à subir, des efforts à faire, des renoncements à accepter, des sacrifices à nous imposer, des souffrances de tout genre à supporter. Toutes choses qui réclament de l’amour, et de l’amour proportionné aux vertus à pratiquer.

Le seul fait d’un tel amour toujours en activité, produit dans l’âme, avec une habitude acquise d’amour, un désir plus intense d’un amour plus parfait. Ce désir d’amour, à son tour, produit, par voie de conséquence, un désir ardent d’une plus grande perfection.

Se contenter d’une vertu ordinaire, c’est imposer des bornes à son amour ; et personne n’a le droit d’en mettre. Bien plus, une âme qui se contenterait du degré de vertu qu’elle a acquis, sans aspirer à un autre plus élevé, pourrait faire douter du degré d’amour correspondant à celui de sa vertu ; car de sa nature l’amour est expansif, et s’il ne s’exprime pas par des actes de plus grande vertu, il se diminue et se paralyse.

Il est donc indispensable que l’amour agissant dans une âme, la pousse vers la perfection. Il n’est pas nécessaire, pour cela, de changer sa condition et son genre de vie ; il suffit de faire plus parfaitement ce que l’on fait, de le faire par des motifs uniquement surnaturels, d’y apporter un soin correspondant à l’amour plus intense qui nous inspire, de grandir par la pureté de ses intentions les actions les plus humbles de la vie, de tout faire en union avec Jésus, de n’avoir point d’autres désirs que les siens, et de s’abandonner totalement à son bon plaisir.

Le bonheur d’une âme qui aime de la sorte ne se peut comprendre que par l’expérience. Il y a de ces secrets d’amour qui n’existent que dans l’âme des saints. Ce qui fait la sainteté de l’âme, c’est l’amour ; il n’y a donc qu’à dilater son amour pour avancer dans la perfection. Le vouloir, c’est déjà être heureux ; le faire effective-

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ment, c’est jouir d’un bonheur qui suit graduellement les ascensions de l’amour.

A chacun de faire un retour sur soi-même et de se rendre compte du degré d’amour où il est parvenu. Il connaîtra par là pourquoi il est quelquefois moins vertueux ; il aura l’explication de ses hésitations devant le sacrifice ; il comprendra comment il se fait qu’il reste stationnaire dans la voie de perfection qu’il a pourtant embrassée ; il découvrira dans sa vie de chaque jour les nombreuses imperfections qui le paralysent dans sa marche et qu’un plus ardent amour ferait facilement disparaître.

Appelons l’amour à notre secours pour nous rendre parfaits, et apprenons à ne nous lasser jamais dans l’amour pas plus que dans notre désir de devenir des saints.

IV. — La générosité dans l’emploi des moyens pour parvenir à la perfection.

Après avoir parcouru les trois premiers degrés de la vie d’amour, et être fermement décidé à marcher dans la voie de la perfection, en prenant résolument les moyens d’y parvenir, il s’agit d’apporter à cet important travail une générosité correspondant au but que l’on se propose d’atteindre.

Dans la vie spirituelle tout n’est pas facile, mais tout peut le devenir, grâce à l’amour que l’on met en œuvre pour fortifier sa volonté et féconder ses efforts.

La première chose que l’on doit avoir toujours devant les yeux, c’est la pensée de Jésus, le désir de Lui plaire et la volonté de correspondre à tous ses desseins de miséricorde sur nous. Dans ces dispositions, on considère moins l’étendue de l’effort, on s’arrête moins aux difficultés, on se laisse moins influencer par l’acuité de la lutte, on se laisse moins impressionner par la lassitude et la monotonie du travail quotidien. La résolution arrêtée de prendre tous les moyens d’arriver plus rapidement au but, redonne un courage toujours nouveau, que l’amour ravive et fortifie.

Dès qu’il s’agit d’entreprendre une œuvre aussi grandiose que celle de la sainteté, il ne peut être question d’effort minime ni de ralentissements successifs dans la pratique de la vertu. Ne deviennent saints que ceux qui sont disposés à prendre les moyens les plus énergiques de vaincre la nature et à opposer Une résistance continuelle à tous les ennemis du dehors et du dedans. Pour arriver efficacement à ce résultat, il est nécessaire de faire un appel constant à son

amour.

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Ce que Ton ne ferait pas par d’autres considérations, on le fera par la ferveur de son amour. Il suffit que les intérêts de Jésus soient en jeu, pour découvrir aussitôt des sources nouvelles d’énergie et des moyens de défense plus puissants. Pour Jésus que l’on aime et à qui on a juré fidélité, on est prêt à tout entreprendre pour procurer sa gloire. On ne pense pas à diminuer ses efforts, mais on court plutôt au-devant du sacrifice pour s’assurer plus complètement la victoire. Peu importe qu’il faille employer toutes ses forces pour user des moyens les plus capables de nous sanctifier. Du moment que ces moyens s’imposent et que notre amour les réclame, il ne peut y avoir de repos pour nous tant que nous n’en aurons pas tiré toute leur efficacité.

Les négliger, serait déjà compromettre le succès final ; car dans l’intervalle, il peut survenir des ennemis nouveaux ou plus aguerris, qui nous prendraient par surprise et profiteraient de notre lâcheté.

Une générosité soutenue nous est donc indispensable, tant dans le choix des moyens de sanctification que dans leur emploi. C’est sans contredit une condition sine qua non de notre persévérance dans la vie d’amour.

N’oublions pas jusqu’où Jésus a porté l’hé-

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roïsme du sacrifice pour nous prouver son amour. Si nous voulons Lui ressembler dans l’amour, nous sommes tenus de Le suivre dans la voie crucifiante où II a marché le premier. Les sacrifices qu’il nous demande sont une exigence de son amour ; la générosité à les faire sera une preuve du nôtre.

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