‹ La vie d’amourChapitre 43 sur 57 · VI. — La soif de l’amour · texte numérisé non relu

VI. — La soif de l’amour

Ce n’est pas exagéré de comprendre dans les degrés de l’amour divin celui d’un désir toujours plus intense de grandir dans l’amour. Notre amour pour Jésus est insatiable de sa nature. Il ne s’agit pas simplement pour nous d’aimer dans une mesure quelconque ; Jésus nous appelle à un amour parfait, et nous sommes tenus d’y tendre sans cesse. En outre, cet amour que nous nous efforçons d’acquérir pendant la vie, n’est qu’une préparation à un amour éternel qui ne recevra qu’au ciel son plein épanouissement.

Pourrait-on, dès lors, se contenter d’un degré acquis d’amour, tout grand qu’il soit, sans aspirer à un amour plus parfait ? Il y aurait là une contradiction manifeste avec la conception même de l’amour qui, de sa nature, doit grandir

assez pour satisfaire toutes les aspirations du cœur. Tant que l’âme n’atteindra pas à la perfection de l’amour dans la possession éternelle de Dieu, elle devra soupirer sans cesse vers une acquisition d’amour plus parfait.

Cette soif de l’amour vient de ce qu’elle connaît toujours plus le Jésus qu’elle contemple, et qui ne peut être connu sans être aimé. Malgré les joies ineffables qu elle goûte dans la vie d’amour, elle souffre de ne pas aimer comme elle le voudrait ; elle est anxieuse de grandir dans l’amour ; elle éprouve un besoin intime d’amour qui lui est une souffrance ; elle comprend que Jésus ne sera satisfait que quand elle sera arrivée à la perfection de l’amour ; elle entrevoit de nouvelles ascensions d’amour qui dépendent de sa fidélité, et elle ne se pardonne pas de ne point se montrer plus généreuse.

Autant de sentiments qui sont un aiguillon à son amour et qui créent en elle une ardeur insatiable d’aimer toujours plus. On comprend qu’arrivée à ce point de la vie d’amour, il se creuse dans lame des abîmes de saints désirs qui ne se comblent que pour s’en creuser de nouveaux plus profonds encore.

Qui donc pourra mettre un frein à ces désirs toujours inassouvis d’une âme embrasée d’amour

LES DEGRÉS DE l’aMOUR

de Jésus ? Pour se ralentir, il faudrait que Jésus perde de ses attraits ; et elle Le trouve plus beau que jamais. Pour se contenter de l’amour qu’elle a, elle devrait ignorer tout ce que Jésus lui demande encore ; et elle ne cesse d’entendre ses appels à un amour toujours plus généreux. Pour sacrifier le surcroît d’amour auquel elle aspire, elle devrait faire taire en même temps ses désirs de perfection ; et Jésus la poursuit de ses instances de tendresse pour qu’elle Lui prouve son amour, afin de jouir du sien. Pour cesser d’aimer, elle aimerait mieux cesser de vivre ; et le Jésus qui est toute sa vie, est un Jésus consumé d’amour qui ne fait vivre les âmes qu’en en étant aimé.

Si nous n’éprouvons pas cette soif d’amour, c’est qu’il y a d’autres sources d’affection qui nous désaltèrent. Si le Jésus que nous avons appris à connaître, ne nous attire pas avec des attraits toujours nouveaux, c’est que nous avons cessé de Le contempler et de L’étudier. Si nous n’entendons plus les appels réitérés de Jésus nous conviant à l’amour, c’est que nous prêtons l’oreille à d’autres langages qui flattent plus la nature et nuisent à la parole intérieure de Jésus. Si nous n’éprouvons plus les mêmes charmes dans la compagnie amoureuse de Jésus, c’est que notre âme a cédé à des indélicatesses qui

ont mis obstacle aux tendres manifestations de Jésus et à la liberté de cœur nécessaire pour y correspondre.

Mille fois heureuses les âmes que l’amour brûle de ses feux et qui ne connaissent aucun arrêt ni aucune faiblesse dans la vie d’amour.

Pour gravir la montagne de l’amour, il faut des magnanimes que rien n’arrête et ne décourage. Jésus habite le sommet et nous y attend ; tant que nous ne l’aurons pas atteint, îl faut aimer avec des ardeurs croissantes, proportionnées à la sublimité de l’amour de Jésus, dont ce tendre Maître se propose de nous abreuver dans les siècles des siècles.

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