LIVRE TROISIKME
Le soir de mon installation, je donnai à quelques amis un joyeux souper, après lequel je me mis au lit. La nuit n'était pas encore écoulée, il s'en fallait d'une heure que le jour fût levé, lorsque j'entendis Trapper à la porte de ma maison avec tant de fureur qu'un coup n'attendait pas l'autre. J'appelai alors le plus âgé de mes domestiques, qui se nommait Cencio'. C'était le même que j'avais emmené avec moi dans le cercle du nécromant. Je lui dis d'aller voir quel était le fou qui, à cette heure, frappait si brutalement à ma porte. Pendant ce temps, j'allumai une seconde lumière, car j'ai l'habitude d'en avoir toujours une la nuit, et je me hâtai de passer sur ma chemise une excellente cotte démailles et le premier vêtement venu. « Hélas! maître, me cria Cencio, c'est le bargello avec tous ses sbires. Il dit que, si vous n'ouvrez promptement, il enfoncera la porte. Ils ont des torches et mille autres choses. — Dis-leur, lui répondisje, que je mets quelques vêtements et que j'y vais. » Convaincu que c'était un guet-apens comme celui qui avait déjà été tenté par le signor Pierre Luigi, je pris de la main droite une admirable dague, et de la gauche mon sauf-conduit; puis je courus à la fenêtre qui s'ouvrait derrière la maison, sur des jardins; mais j'y vis plus de trente sbires, et je reconnus que la fuite était impossible de ce côté-là. Je plaçai devant moi mes deux jeunes gens, et je leur enjoignis d'attendre mon ordre pour ouvrir la porte. Enfin, quand je fus bien prêt, je me tins dans une véritable attitude de défense, ma dague d'une main et mon sauf-conduit de l'autre, et je dis à mes deux jeunes gens : « Ouvrez sans crainte. » Vittorio le bargello et